Octobre 2021

01/10/2021

Ciccada
Harvest
progressive folk – 46:44 – Grèce ‘21
Ciccada nous livre ici sa troisième offrande, après «A Child in the Mirror» en 2010 et «The Finest of Miracles» en 2015, et, ma foi, c’est toujours excellent! Les influences sont nombreuses et reflètent leur amour des glorieuses seventies (je citerai Camel, Jethro Tull, Gryphon, Gentle Giant ou Spirogyra). La musique inclut donc, non seulement le progressif, mais aussi des éléments folks, le classique ou le rock. Le groupe est composé de sept musiciens, Dimi Spela au chant, Evangelia Kozoni également au chant, Yorgos Mouhos aux guitares (6 et 12 cordes), Nicolas Nikolopoulos aux flûtes, clarinettes, saxophones et claviers, Marietta Tsakmakli aux saxophones, Aggelos Malisovas aux basses et Yiannis Iliakis à la batterie, aux percussions et au chœur.
«Eniania (Keepers of the Midnight Harvest)» a la charge de nous introduire dans l’univers de nos Hellènes, alternant des sonorités antiques à des côtés jazzy des plus agréables. Une ambiance toute médiévale nous surprend ensuite, avec «Open Wings» où les parties de flûte sont enchanteresses. Ne croyez pas que le reste de l’instrumentation soit en reste, une délicate guitare acoustique nous accueille ensuite sur «The Old Man and the Butterfly», bientôt relayée par une basse virevoltante. «No Man’s Land» donne une impression de va-t-en-guerre vite dispersée par les chants angéliques. Le court «Who’s to Decide?» s’envole sur une basse funky et un chant qui n’est pas sans rappeler celui, saccadé, de Gentle Giant. La fin de cette production s’approche, mais rassurez-vous, «Queen of Wishes», du haut de ses douze minutes et quelques, vous réserve encore de belles surprises musicales, notamment de bien belles interventions de la clarinette (et des claviers ou des guitares acoustiques ou du chant de nos belles Ménades – ah, Bacchus et Dionysos, que ne ferait-on pas pour elles?).
Ne boudez pas votre plaisir, ni le mien: il y a de fortes chances pour que cet album se retrouve dans mon top de fin d’année!
Tibère
https://ciccadabem.bandcamp.com/album/harvest

https://www.youtube.com/watch?v=Aw_r9pyy2no&ab_channel=Ciccada

02/10/2021

Sproingg
Clam
RIO/rock progressif – 59:59 – Allemagne ’20
On pense immédiatement à Sonar en découvrant le deuxième album de Sproingg, trio – Prudi Bruschgo (guitares électriques), Johannes Korn (Chapman sticks, violin électrique) et Erik Feder (batterie) – né en Forêt-Noire, dans la jolie ville de Fribourg-en-Brisgau, tant le travail sur l’étrangeté des rythmes et leur pluralité est une griffe commune. La difficulté est alors de dépasser l’âpreté des sonorités issues de ces biscornues signatures rythmiques, défi auquel les Suisses répondent avec une créativité mieux affinée que celle de leurs coreligionnaires allemands: même si le violon en adoucit les mœurs (ou arrondit les angles, c’est selon), la musique de Sproingg exige une habituation que les choix de production (séparation brutale des canaux stéréo: guitare à gauche, violon à droite…), rudes et persistants, ne facilitent pas toujours.
Auguste
https://sproingg.bandcamp.com/album/clam

https://www.youtube.com/watch?v=D0iDyYvdhoo&ab_channel=Sproingg

03/10/2021

Iron Maiden
Senjutsu
heavy metal / prog metal – 80:33 (2 CD) – UK ‘21
Les fans ont dû attendre six ans pour ce dix-septième album studio de la Vierge de Fer. Après la civilisation maya («The Book of Souls»), c’est au tour du Japon médiéval d’être à l’honneur. Comme pour le précédent bijou, l’emballage est hyper soigné et disponible sous diverses versions allant du double CD (digipack ou digibook) au box super de luxe rempli de «biscuits» en tous genres (surtout si vous faites partie du fan-club) et une édition 3 vinyles. De quoi combler les plus exigeants. Et côté musical, la bande de Steve Harris se surpasse une fois de plus. La construction mélodique, si elle reste la même, à savoir souvent une intro toute en douceur précédant des attaques musclées, se montre ici plus proche du progmetal que du heavy. C’est une évidence de par ces partitions superbement ciselées illuminées de solos de guitare bourrés d’énergie, témoins d’une maestria incontestable. Les amateurs de progmetal trouveront particulièrement de quoi faire leur bonheur sur la deuxième rondelle de quatre titres dont trois dépassent les dix minutes. La voix de Bruce Dickinson fait une fois de plus merveille, évoquant les moments de bravoure d’un Manowar dans ses morceaux symphoniques et la tessiture voisine de celle de Rob Halford. Résolument tournés vers des compositions éclatantes (l’extraordinaire «The Parchment» et son solo de six cordes à vous scotcher au plafond), nos musos vont nous allumer le Gulliver. Pensez au concept «Nostradamus» de Judas Priest et aux parties instrumentales de leur «Seventh Son of a Seventh Son»; vous êtes dans cet univers! Définitivement superbe, un achat incontournable.
Clavius Reticulus
https://open.spotify.com/album/3TymcPWXqsCRA5oSL0TkPU

https://www.youtube.com/watch?v=BKEW69QjN4g&ab_channel=IronMaiden

04/10/2021

Various Artists
Fanfare For The Uncommon Man: The Official Keith Emerson Tribute Concert
progressive rock – 65:23/56:47 – ‘21
En 2016 disparaissait tristement l’un des plus grands claviéristes de toute l’histoire du rock, à savoir le virtuose Keith Emerson. Son jeu, avant-gardiste, fougueux et créatif, a marqué de nombreux auditeurs et a inspiré beaucoup de musiciens. C’est tout naturellement qu’est né de façon officielle un hommage par le biais d’un concert exceptionnel organisé par son comparse Marc Bonilla (officiant sur l’album Keith Emerson Band de 2008).
Comme le suggère la jolie et percutante illustration qui revisite de façon amusante la pochette de «Tarkus», la musique d' Emerson, Lake & Palmer est à l'honneur. C'est ainsi qu'on replonge dans les grandes compositions d'Emerson au sein du trio de légende. Citons «The Barbarian», «Tarkus», «Endless Enigma», «Karn Evil 9 part 1 second impression» ou «Take a Pebble»… Ce qui est intéressant, c'est que l'interprétation est plutôt libre et sort du simple cadre scolaire sans altérer ni trahir l'esprit et l'essence des œuvres originelles. Et c’est là où l'on se rend compte de la densité des compositions de Keith Emerson... On peut allègrement les interpréter en y rajoutant des guitares aux nombreuses plages de claviers pour un résultat punchy et récréatif. Quelques chansons de Greg Lake sont aussi mises à l’honneur (ironie du sort, ce dernier disparaîtra peu de temps après cet hommage…). Cerise sur le gâteau, on a le droit à une reprise de ELPowell avec l’entraînant «Touch and Go». Également quelques compositions de sa carrière solo, comme le magnifique «Prelude To A Hope» utilisé en introduction. Parmi tant d’autres, notons la présence d’invités comme Eddie Jobson, Steve Porcaro, Rachel Flowers au toucher subtil et nuancé, Steve Lukather, Brian Auger, Jordan Rudess ou encore Vinnie Colaiuta… Sans oublier le fils de Keith, Aaron, officiant au piano. Peut-être pourra-t-on regretter l’absence de Carl Palmer à la batterie, au jeu si particulier et incisif. Ce dernier traçant toujours sa route de son côté avec son Carl Palmer’s ELP Legacy. Mais cette absence est vite oubliée par une rythmique impeccable. Ce qui ressort de ce concert hommage, c’est cette générosité, distillée pour notre plus grand plaisir, entre nostalgie et festivité. Le chant est correct et la setlist plutôt bien choisie. Recommandable pour les amateurs du genre ou comme introduction à la musique de Keith Emerson.
Maximus

https://open.spotify.com/album/16IK2etslQgs39jcEobyzD?si=X255Bw4wS0izZ2NXv4OK4Q&dl_branch=1&nd=1

https://www.youtube.com/watch?v=y2jL57fdjqg&ab_channel=KeithEmerson-Topic

05/10/2021

Fragile
Beyond
rock progressif / symphonic rock – 50:31 – Allemagne ‘21
Fragile (FRAGILE performing the music of YES) est le groupe tribute de Yes. Je ne les connais que depuis l’an dernier pour distiller un rock mélodique basé sur la voix de Claire ayant collaboré avec Steve Howe et Jon Anderson. Le groupe a donc décidé de se lancer dans le bain musical; inspirés et osant confronter leurs créations avec des réminiscences évidentes – on n’efface pas comme ça vingt ans de reprise –, les Oliver de That Joe Payne, Russ et Max aux guitares, drums et bass-keyboards proposent trois longs titres (14 à 22 minutes) mixant et brassant de près et de loin des notes à déclinaison yessienne.
3 titres qui emmènent sur les approches symphoniques de leurs maîtres, des associations sonores singulières avec un style propre où les réminiscences ne se font qu’au détour des cinq breaks, une voix limite à la Kate Bush pour le 1er opus. On creuse ensuite la discographie des premiers titres avec une basse et des claviers vintage, la voix de Claire me renvoie, bluffé, à mes premières écoutes de Yes; à mi-parcours, un break acoustique donne plus d’intensité, une ballade bucolique, le dernier break part sur «Relayer» avec l’orgue divin et un intermède piano acoustique bien affrété. Le dernier possède des sonorités jazzy sur un fond rétro; on peut y retrouver des airs à la Oldfield, la batterie intense permet une jolie bataille de claviers.
Fragile vous fera donc plonger dans les ambiances classique et symphonique des seventies. Un son qui se veut inventif tout en restant sur des territoires connus, un voyage rétro vintage censé s’écarter d’un des quatre piliers progressifs, c’est à vous de dire si c’est le cas.
Brutus
fragileyestribute.bandcamp.com/album/beyond

https://www.youtube.com/watch?v=UK67ZNdUqHQ&ab_channel=ForceTenProductions

06/10/2021

Half a Band
Tales From Claustrophobic Horizons
progrock atmosphérique – 70:41 – France ‘21
Plus efficace qu’une infusion d’passiflore dans un grand pot d’Rochefort 10, la musique soufflée du Half A Band invite insidieusement à sombrer avec elle.
Comprenez qu’il vous faudra, judicieusement, organiser le moment de son écoute afin de n’en perdre les sympathiques trouvailles, emporté With the «Great Collapse».
Ne faites, en tout cas, pas comme votre hôte qui s’attaqua à ce «pavéthéré» après une soirée d’bonheur retrouvé, concert arrosé, bal non-masqué, matinée café. Play!
Elle est à toi cette chronique, toi l’Auvergnat qui, sans panique, m’as donné cet oxymore empreint d’une merveilleuse lucidité «Tales From Claustrophobic Horizons». Le monde était donc devenu trop étroit; et les atmosphères d’Olivier Bonneau, davantage groupe à lui tout seul que demi-formation annoncée, une synthèse parfaite de nos rêves d’évasion ainsi que de notre désir de rester avant que ne se dérobe, sous le poids de nos actions, la terre des hommes.
La voix n’est certes guère toujours à la hauteur des ascensions qu’elle propose mais, sincère, accompagne parfaitement un ensemble vaporeux chargé de références classiques, rassurantes. Méfiez-vous toutefois du clin d'œil dans le titre qui, outre une influence souvent palpable, n’est point l’étendard de la galette.
Il faut souligner l’audace de nous livrer ces moments de sobre beauté avec leurs failles, celles qui touchent vraiment et dont devrait s’inspirer l’aseptique production moderne qui hydro-alcoolise le moindre laitage cru à odeur suspecte.
Terminons sur une affirmation qui en réjouira plus d’un: l’avenir s'annonce radieux! Excellent morceau, More Dynamic, aux nombreuses bravoures claviéristiques. Contrairement à ce qu’habituellement l’on trouve sous une telle longueur de nappe, la table dessous n’a pas de tiroirs. C’est un monolithe sculpté de divers motifs mélodiques qui rendent la contemplation douce et agréable.
Le sphinx s’est brisé la truffe, tombant dans son propre piège, qu’à cela ne tienne! La pleine poésie d’un Band à moitié galvanise le rat rêveur... «Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage», je ronge mon plaisir.
Néron

https://vallislupi.bandcamp.com/album/tales-from-claustrophobic-horizons

07/10/2021

Caravan
Who Do You Think We Are?… Deluxe Box Set
canterbury – 37 disques – UK ‘21
Impressionnante caravane qui regroupe 25 disques officiels, studio et live, plus 11 autres de concerts et inédits, ainsi que l'inévitable Blu-ray mixage de Steven Wilson en 5.1 de «In the Land of Grey and Pink», tout cela pourrait ressembler à un chant du cygne, une ultime publication. NON, car un nouvel album est annoncé pour octobre, nous y reviendrons!
Dans ce coffret, limité à 2500 exemplaires, proposé à un peu moins de 500€, ce qui met le disque à moins de 14 euros, il y a en plus des 37 disques: un mini livre de fan assorti de coupures de presse, un autre cartonné de 144 pages contenant une bio, des souvenirs agrémentés de photos, il y a aussi une réplique d'un programme de tournée, le press-kit de «For girls that grow plump in the night», un très intéressant arbre généalogique de la famille des musiciens de Canterbury, un plan de la ville aussi, des photos dédicacées de Pye Hastings de Dave et Richard Sinclair, un raton laveur, et 2 posters des années 70 réédités. À mon sens, il n'y manque qu'un manuel de contrepet, pratique dont le groupe était si friand, la censure britannique n'ayant sans doute pas capté le vrai sens de certains titres d'albums (la rédaction attend vos propositions ci-dessous 😉).
C'est en tout cas l'occasion de redécouvrir l'immense contribution de Caravan à l'école de Canterbury, le chef-d’œuvre qu'est l'album «In the Land of Grey and Pink» n'étant qu'une des portes d'entrée pour pénétrer ce groupe à la musique complexe, aux textes légers et au détachement so British!
Comment ne pas attribuer ***** à ce coffret indispensable à tous ceux qui n'ont aucun disque de Caravan ainsi qu'aux fans? Pour les autres, vendre les doublons pour financer l'achat... Et pour tous: Noël n'est pas si loin!
Cicero 3.14
Pas de lien Bandcamp ou Spotify

https://www.youtube.com/watch?v=n1mLxt1iSNs&ab_channel=Madfish

08/10/2021

Cronofonía
Cronofonia
progressive rock inventif – 130:33 – Mexique/Europe ‘21
Cronofonia est un projet de musique de studio créé par les compositeurs Pablo Patricio Ortiz (guitares, basse) et Joaquin ‘Negro’ Ortiz (chant, guitares) comme une plateforme pour la création, la production de leur musique en coopération avec de nombreux invités. On peut citer, entre autres, Dave Brainbridge (claviers, guitares - Iona), Frank Van Essen (batterie - Iona), Jinian Vilde (chant - David Cross Band), David Cross (violon). Je ne les listerai pas tous tant ils sont nombreux à avoir participé à l’élaboration de cette belle œuvre. Le projet se déroule simultanément au Mexique et en Europe avec des artistes provenant de différents pays, combinant différents styles, que ce soit rock, folk, jazz, musique classique dans une approche de fusion unique. L’album (double) existe en version physique ou digitale, mais surtout en espagnol ou en anglais et est distribué en Europe par Homerecords, maison d’édition belge, il est bon de le mentionner!
Je ne vous présenterai pas chaque titre (il y en a 22, dont certains en quatre parties!), mais je ne peux résister au plaisir d’effeuiller avec vous certains d’entre eux. Ainsi, «Dawn», le morceau introductif, pourrait vous faire penser à de la musique classique (il faut reconnaître que la liste des instruments utilisés est on ne peut plus longue) avant de se terminer en ‘folk’ presque andalou. Le chant, aussi bien féminin que masculin, fait merveille sur «The Ship of Fools», tant les voix se répondent harmonieusement, alors qu’un break nous emporte dans des ambiances jazz rock. Les quatre courts «Cronofonia» (de I à IV) nous emmènent dans des musiques sacrées et moyenâgeuses, ce qui est loin d’être déplaisant. «One Early Morning» s’égrène comme une agréable ballade, mais s’épaissit notablement du fait du remarquable travail sur les voix. De superbes parties de flûtes font leur effet sur «There is Life». Laissez-vous emporter (comme je l’ai été moi-même) par le cinématique «The End of History» avec son intermède sautillant, telle une fanfare en liberté! Par contre, ne vous excitez pas sur «One Of These Days», ce titre n’a absolument rien à voir avec celui de qui vous savez; celui-ci est folky et très calme.
Moi qui adore les albums diversifiés, avec Cronofobia, j’ai été plus que gâté et je n’hésiterai en aucune manière à vous le recommander chaudement et à lui accorder la plus haute note.
Tibère
https://homerecordsbe.bandcamp.com/album/cronofon-a

https://www.youtube.com/watch?v=ek8ahT5c3q8&ab_channel=Cronofonia-Topic

09/10/2021

Big Hogg
Pageant of Beasts
canterburyscene/rock progressif/jazz – 39:07 – UK ‘21
Big Hogg est un septuor (parfois sextuor) écossais, de la région de Glasgow. «Pageant of Beasts» est leur troisième album et, outre les sept musiciens crédités comme membres du groupe, on y trouve divers invités, dont la chanteuse Lavinia Blackwall et le guitariste Mike Hastings.
Avec une grande diversité de timbres, due à la variété de l’instrumentation (trombone, trompette, flûte) en plus de la base habituelle, on ne s’étonnera donc pas de voyager dans des ambiances diverses à l’écoute de cet excellent album.
Les influences sont également diverses – quoique fondamentalement britanniques – et très bien intégrées. Au fil des plages, on se retrouvera donc en train de flâner dans des relents de prog-jazz à la Canterbury («All Alone Stone»), ou d’agréables paysages bucoliques, entre Jethro Tull et Fotheringay (oui, oui!) comme dans «Willow’s Song», ou encore un peu de jazz légèrement funk avec quelques influences sud-africaines (oui, oui!), comme dans «Red Rum», sans oublier un certain humour de bon aloi, entre tasse de thé et chapeau melon… À elle seule, la clôture de l’album vaut le détour, avec une superbe courte pièce pour cuivres («Too Much Belly Not Enough Paw»).
Enfin, tout cela respire la bonne humeur et on est en face d’un album excellent pour les après-midi d’automne un peu venteux, avec option des feuilles qui volent, etc.
Lucius Venturini
https://bighogg.bandcamp.com/album/pageant-of-beasts

https://www.youtube.com/watch?v=FEsxI_C-drM&ab_channel=BigHogg-Topic

10/10/2021

Xavier Boscher
Earthscapes
progressive metal – 47:59 – France ‘21
Xavier Boscher est un compositeur et multi-instrumentiste français de talent; il en est déjà à son treizième album avec cet «Earthscapes». Il compose du progressif et du métal, pour lui-même et d'autres projets comme Nebuleyes, Misanthrope ou Continium; de plus il a tourné dans l'Europe entière avec le magnifique groupe grec Septicflesh. Les pochettes de ses albums sont magnifiques et sont peintes principalement par lui car le gaillard est également peintre et poète à ses heures perdues. Musicalement, c'est un très bon album avec de magnifiques soli et autres envolées de guitares. Malheureusement, le clavier de fond n'est pas toujours à la hauteur des instruments à cordes. Mais l'ensemble se tient et est fort agréable à écouter et à décortiquer. On en découvre chaque fois un peu plus à chaque écoute. Même si le son est très professionnel, sur certains passages le mixage ne me plaît pas à cent pour cent, notamment au niveau de la batterie.
«Luminescent Forest» n'est pas seulement l'œuvre la plus longue de l'album mais une des plus belles avec «Sanctuary Of Delight»; la recherche progressive y est très poussée mais dans deux styles différents, la première plus à la Dream Theater et la deuxième plus à la Genesis, toute proportion gardée.
Dans l'ensemble, un bon album, qui mérite votre attention.
Vespasien
https://xavierboscher.bandcamp.com/album/earthscapes

https://www.youtube.com/watch?v=fZ2sGEkAg-Y&ab_channel=XavierBoscher-Topic

11/10/2021

The Neal Morse Band
Innocence and Danger
progressive rock – 99:36 – USA ‘21
Cela fait 30 ans que cela dure! Enfin, 26 pour être plus précis; en 1995 sortait «The Light», le premier album de Spock’s Beard et le talent de compositeur, chanteur et multi-instrumentiste de Neal Morse, éclatait à la face du prog. Et, non content d’être doué, l’animal est aussi surtout prolifique. En effet, si on ne compte que les albums du Beard, de Transatlantic, Flying Colors et ses propres albums «prog» (oublions ses albums chrétiens), ce sont pas moins de 27 albums qu’il a livrés en offrande à ses fans, dont une tripotée de doubles albums. Neal Morse est, à ce titre, un véritable extra-terrestre capable de pondre à la chaîne des mélodies belles à pleurer et qui donnent l’impression d’avoir été composées dans l’instant; un phénomène donc.
Sa nouvelle livraison s’appelle «Innocence and Danger» et est (tiens donc) un double album. La première plaque (Innocence) propose huit «courts» morceaux et la seconde (Danger) deux longs épiques de 20 et 30 minutes. Ce n’est pas le premier album signé par «The Neal Morse Band» mais, ici, c’est l’acronyme NMB qui prévaut et, effectivement, on peut parler d’un vrai travail d’un groupe solide composé des fidèles Eric Gillette, Bill Hubauer, Randy George et l’infatigable Mike Portnoy. C’est d’ailleurs ce qui frappe ici; bien sûr la patte de Morse est reconnaissable entre mille mais les autres membres font plus que leur part du boulot: notons l’extraordinaire boulot d'Eric Gillette aux guitares mais aussi les voix que se partagent Morse, Hubauer et à nouveau Gillette.
Pour les compos, c’est du Morse pur jus: c’est brillant et mélodique à souhait. Le groupe sonne le feu de l’enfer et les arrangements sont véritablement somptueux. Relevons le morceau «The way it had to be» magnifiquement chanté par Eric Gillette et que l’on croirait sorti de sessions oubliées de Pink Floyd. Il n’y a aucune véritable faute de goût si ce n’est une dispensable reprise de «Bridge over troubled water» et un intermède acoustique («Emergence»), plutôt dispensable lui aussi. Les deux longues suites du second disque raviront les fans du bonhomme.
Le seul problème, c’est que Morse fait du Morse et semble ne savoir faire que du Morse. Cet album ravira donc ses aficionados mais risque de ne pas lui rapporter un fan de plus. Il n’y a donc aucune véritable prise de risque et il se repose sur son immense talent mais… presque sans forcer; un comble lorsque l’on compare la qualité de cet album avec la piètre qualité de nombres d’albums prog. Neal Morse se cantonne donc à tourner dans une cage dont il connaît tous les recoins. Elle est certes dorée et luxuriante… mais n’en reste pas moins une cage dont il lui est difficile de sortir. Certains ne s’en plaindront pas (j’en fais partie) mais d’autres pourraient passer leur chemin…
Amelius

https://open.spotify.com/album/0KdAbTq8g65KxB8wxCEElb?si=tW5GUa9pRkSNIWWP2RPZJg&dl_branch=1&nd=1

https://www.youtube.com/watch?v=PiNt_kQvoag&ab_channel=InsideOutMusicTV

12/10/2021

Big Big Train
Common Ground
progressive rock/crossover prog – 62:02 – UK ‘21
Big Big Train traîne dans les couloirs prog depuis 1991; je les ai connus grâce à «Bard» et ce son caractéristique génésisien, du Roine Stolt, du Spock’s Beard, une voix à la Peter Gabriel, puis des sons variés me faisant penser à XTC, à Sigur Ros un temps, surtout du néo à la Marillion, Arena et Frost*, de la pop sur les terres des Tears for Fears. Big Big Train représente surtout l’archétype du groupe underground anglais fusionnant différentes sonorités et se les appropriant pour en sortir un son propre, inventif et prenant; il y a de l’émotion dans cet album pastoral où les notes riches et colorées ne correspondent qu’à leur créativité. C’est selon moi l’un des représentants de la 3e vague progressive, ce au fil des 30 ans de leur carrière.
Du violon, des airs à la Elton John, des voix à la Bowie, d’autres à la Jackson; des sonorités diverses comme ce «Black with Ink» très pop Kim Wilde, un «Atlantic Cable» qui vaut le déplacement de par ses circonvolutions et sa progression flagrante, un «Endnotes» au spleen marqué qui repose les oreilles, un album majeur de fait à écouter d’urgence.
Big Big Train a sorti un très bel album qui bouleverse un peu les codes prog! Ici vous êtes emmenés sur des pistes variées, sur des styles différents, tant avec les voix et les sonorités qu’avec les airs. Ça oscille de fait entre du néo et du symphonique pastoral à l’anglaise; on peut y croiser Elton John, les Yes, une touche de Toto, du XTC par moments; un peu de Kate Bush, les Spock’s Beard et les Beardfish à leurs débuts; le heavy avec un peu des Oceansize ce qui fait une palette musicale variée. Un groupe qui ne se contente pas de se copier, qui s’ouvre à la création musicale, cela devient rare, cela vaut le déplacement.
Brutus
bigbigtrain.bandcamp.com/album/common-ground

https://www.youtube.com/watch?v=wIQnhCcI4gA&ab_channel=EnglishElectricRecordings

13/10/2021

Steve Hackett
Surrender of Silence
progressive rock symphonique – 57:41 (CD) – UK ‘21
Quand Steve quitta Genesis fin des années 70, il sonna le glas de la période la plus créative du groupe. Nul autre ne joue comme lui en mariant, tel un peintre, les palettes musicales de couleurs vives et les teintes nuancées des douceurs d’un jour d’été. Les compositions du présent album, d’une richesse inouïe, éclosent par envolées «classisantes», cisèlent des sculptures mélodiques où guitares électrique et acoustique se fondent ou s’additionnent, y invitant des structures aux parfums ethniques et orientaux (les superbes «Shangai to Samarkand» et «Wingbeats»). Personne d’autre que lui ne peut mener un navire aux voiles d’une telle ampleur sur d’océanes harmonies célestes. Chaque composition est une invitation au voyage. Après son parcours plutôt inspiré du soleil méditerranéen sorti cette même année, il colore ici ses partitions de piments tropicaux où s’invitent des claviers bien tempérés; on songe évidemment à Bach dans «The Devil’s Cathedral» mais doublé d’un saxo virevoltant avant le retour d’arpèges de guitare dont lui seul a le secret. «Held in the Shadows» envoûte une fois encore avec ses touches de mellotron et ses broderies acoustiques glissant sur une aire étoilée ponctuée de riffs saisissants. Pour le chant, Steve s’entoure plus que jamais de Nad Sylvan et Amanda Lehmann. Le Blu-ray est une immersion magique indispensable. Outre l’audio en mode multicanal DTS e.a., vous y trouverez deux clips vidéo empruntés au trip méditerranéen. En bon épicurien, tout chez Steve respire le bonheur et la joie.
Clavius Reticulus
https://open.spotify.com/album/3QVGfs2mj9DyIcIZJljMjK

https://www.youtube.com/watch?v=-8qOFpMaRLo&ab_channel=InsideOutMusicTV

14/10/2021

Alessandro Corvaglia
Out of the Gate
progressive rock/néo-prog/RPI – 55:54 – Italie ‘21
Une intro très rock prog italien, synthé léger, joyeux, puis la voix d'Alessandro qui nous ramène ainsi que le morceau vers un bon néo-prog typé Marillion/Fish, mais rien n'est figé dans cet album et le sax de Martin Grice (Delirium, entre autres) nous attire vers une petite parenthèse jazzy, vite remplacée par le thème entraînant de cette piste «Promise Land». Cette piste d'intro situe parfaitement l'auteur. Alessandro est connu comme le chanteur de nombreux groupes dont Maschera di Cera ou Delirium et Mr Punch, excellent cover band de Marillion. Mais si son album s'ouvre donc sans surprise, le reste, tout aussi plaisant, est pourtant loin d'être monolithique. Si les 3 premières pistes sont assez néo, «... and the Lady came in» est un instrumental d'un beau lyrisme pastoral. «White ghost», exécuté avec les membres de Giardino Onirico, revient au néo, avec de belles incisions de guitare howienne. Autres guests sur cet album: les guitaristes Marcella Arganese (UbiMajor, Mr Punch), Cesareo (Elio e le Storie Tese).
«Vision» est un magnifique cover de Peter Hammill, où la voix d'Alessandro et le solo de piano final font merveille. Vient ensuite la première des 2 pièces de Gordon Giltrap. Giltrap est un guitariste qui travaille entre autres avec John Etheridge et Rick Wakeman, et, depuis 42 ans, un mythe, aux yeux d'Alessandro! Ses deux compos, «A deed within a dream» et «12 Towers», font la part belle à la guitare sèche. Entre elles, «Here I have been» retrouve l'inspiration initiale globalement néo, mais avec une reprise au piano très PFM, un régal... Mais le summum vient avec l'epic «Out of Gate» dont le crescendo final est majestueux, concluant de la meilleure manière qui soit ce beau premier album!
Cicero 3.14
https://alessandrocorvaglia-ams.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=ecMOaLnvAo0&ab_channel=needle