Mai 2022

01/05/2022

City Weezle
N° 2
avantgarde – 58:16 – Irlande ‘21
Honte sur moi, j’ignorais jusqu’à l’existence des Irlandais de City Weezle, groupe improbable parmi les plus déjantés, mais voici une erreur bientôt réparée!
Alors que le groupe existe depuis 16 ans, «N° 2» ne constitue, vous vous en doutez, que leur second album. Avec, durant la vie de cette joyeuse bande, des membres provenant d’Irlande, mais également de France, d’Allemagne et du Japon, City Weezle est actuellement composé de Simon Fleury (chant, guitare, banjo), Maxime Gibon (basse, clarinette), Benjamin Violet (guitare, violon) et Ai Uchida (batterie). Voyons ensemble les influences qu’ils revendiquent sur le page Facebook: Mr. Bungle, Faith No More, System of a Down, Melvins, King Crimson, Frank Zappa, Sleepytime Gorilla Museum ou encore Igorrr (oui, Gautier Serre a participé à la mise en son de certaines parties de cette plaque): il n’y a rien d’easy listening là-dedans…
Votre écoute débutera fatalement par les notes égrenées au piano avant le décollage métallique de l’ensemble (System of a Down n’est pas loin) sur «Captain Introspective». Sur «The Underground in Europe», Queen vous sautera aux oreilles avant d’évoluer en valse improbable. «Maestro Mafioso» nous dévoile un mélange étonnant entre ambiance méditerranéenne, slave et détour punkisant! Des sons arabisants mêlés à un gong oriental sont la marque de fabrique de «Crimson Jig». On trouve également dans leur musique des aspects bluesy («Even Weezles Get the Blues» ou même jazzy «Eskimo Pie». Ne passez pas à côté de la plage finale, longue de 13 minutes, «Cluedo».
Un album pour les plus déjantés d’entre vous, et j’en suis!
Tibère
https://cityweezle.bandcamp.com/album/no-2

https://www.youtube.com/watch?v=P5T-XNXBN4U

02/05/2022

Neon Karma
Neon Karma
progressive rock heavy raffiné – 41:49 – Italie ‘22
Un nouveau groupe italien c'est souvent intéressant. Et quand le dénominateur commun semble être le charismatique (bouddhatique) Roberto Gualdi, cela intrigue encore plus. Autour de lui, trois amis de longue date: Marco Sfogli (PFM, IceFish), guitariste napolitain virtuose, côtoyé dans PFM, le bassiste international Lorenzo Feliciati avec qui il pulsait dans Twinscape avec un second bassiste, Colin Edwin (Porcupine Tree) pour un trio inhabituel, et enfin son compère de Four Tiles, Guido Block. Le Covid leur a permis de mettre en boîte ces morceaux composés depuis des années.
Cependant «The Frog» avec son attaque puissante, quasi métal, aurait pu m'inquiéter, le métal me laisse de marbre 😉, mais dès le break, on perçoit toute la chaleur de Naples sous les doigts de Marco. J'en pince déjà avant d'embrasser cet album charmant.
«Rain» est une ballade qui vous fera frissonner de plaisir avec juste ce qu'il faut de solo de guitare pour regretter que cela ne dure pas plus. «Megapolis», guitare funky, explore la ville oppressante et ses néons.
«Run into the Sun» avec sa basse lourde et chaloupée, ses ruptures de rythmes (Roby!), ses nappes de guitares, incite à la quiétude.
«Enemy Gate» quasi-instrumental, heavy et enthousiasmant entre ses riffs lourds. Lorenzo se fond ici dans le magma avant de se lâcher dans un cheminement jazzy. Quel mariage, quel punch!
«Lullaby» Guido chante cette poignante berceuse sur le grand sommeil, la basse est caressante, la guitare en nappes aériennes. Magnifique!
«Time is cruel» pêchu, chœurs à la Queen, rythme effréné cherche le bon jour.
«The cavern» riff frippien, basse tellurique est l'apothéose. Mention aussi à la qualité sonore de l'album.
En conclusion: les textes en anglais de Guido sont inspirés et signifiants; la musique, accrocheuse et très variée, réussit à marier la puissance (attendue avec Marco) et le raffinement souvent présent en RPI. Le tout faisant espérer que les quatre virtuoses nous proposent a minima quelques concerts ou d'autres albums!
Longue vie à Neon Karma!
Cicero 3.14
https://neonkarma.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=atg8S11BuxU

03/05/2022

Ensio & Kusiset tassut
Uuden ajan odottaja
progressive rock – 37:57 – Finlande ‘22
«Tähtisumuun», clairement rétro-prog ce qui ne me dérange nullement. Lumineux et chatoyant. Ce groupe lapon déroule une musique légère et délicate. Claviers vintage, voix douce, je pense parfois à Pulsar et Aphélandra. Un peu space rock, bonne énergie à la guitare.
«Tuulet nuolee», un solide deuxième morceau entre Kayak et Camel, ça fait plaisir, ça me rappelle, dans la démarche, un groupe suédois comme Klotet. Un prog à l’ancienne facile d‘accès.
«Monaco», la famille royale ne m’intéresse pas du tout mais là, Monaco, c’est tout de suite plus sympathique. Une musique aérienne avec quelques heurts toutefois et un esprit jazz rock (guitare et cuivres).
«Päivän sä teet», un petit sas à franchir, une digression planante de très courte durée signifiant le dépassement de la moitié du disque.
«Muuttuvat maisenat», un morceau très agréable mais pas le plus innovant. Je vais avoir besoin de krautrock après, mais on ne s’ennuie pas car c’est très bien fait (belles mélodies, voix soignée, virtuosité).
«Uneton Tarina», ça m‘évoque aussi les groupes scandinaves comme Autumn Breeze ou Horizont, un bon trip aux claviers. Encore un groupe que j’aimerais voir en concert.
«Tänään, eilen/Samettiaurinko», pour finir un morceau bien remuant aux airs de Sandrose. En fait, je trouve de temps à autre dans ce groupe une continuité avec le prog français 70’s et j’aime bien, un album solide.
Fatalis Imperator

https://etsm-aanilevyt.bandcamp.com/album/uuden-ajan-odottaja-2

https://www.youtube.com/watch?v=RM1sKFv4mdQ

04/05/2022

GorMusik - Snakes & Angels

GorMusik
Snakes & Angels
progressive rock planant – 67:26 – USA ‘21
Le projet GorMusik est quasiment l’œuvre de Gordon Bennett. Il se charge de la composition, de tous les instruments, de l’enregistrement, du mixage… Quelques amis sont venus lui prêter main-forte, tels Joseph Frick pour quelques parties de basse, Jay T McGurrin pour la batterie et un peu de chant, Peter Jones (Tiger Moth Tales, Red Bazar, Camel) le chant sur toutes les démos de l’album, ainsi qu’en appui du chant de Gordon.
Album conceptuel sur la chronologie de la Bible (de la Genèse à l’Apocalypse), l’idée de réaliser «Snakes & Angels» remonte déjà à plusieurs années. Le véritable sujet est à rechercher sur la lutte entre le bien et le mal.
Et cela débute avec le long (18 minutes et quelques) «The Beginning» où les ambiances se succèdent, partant de sons atmosphériques mêlés aux paroles (déformées) de la Création, avant l’apparition du chant expressif de Peter Jones, bientôt suivi d’une basse et d’une rythmique plus soutenue avant des chœurs on ne peut plus aériens et des envolées guitaristiques du plus bel effet, notamment des tournures flamencos et un nouvel envol vers les cieux. Si «The Deception» nous emmène dans les merveilles du jardin d’Eden, nous sommes très rapidement rattrapés par la réalité moins enchanteresse car l’enfer des guitares lourdes et distordues n’est jamais loin (Devin Townsend n’est guère éloigné, y compris dans le chant écorché). Une sensation de désolation s’empare de nous à l’écoute de «The Wandering» où l’électronique entre en jeu. Maintenant l’espoir n’est plus permis ainsi que l’atteste l’orchestration lourde et étouffante, malgré une fin plus apaisée nous permettant de profiter plus calmement de la narration. Le long «The Lost», au chant presque lénifiant, s’invite au programme où la mélodie nous transporte malgré le fait que «shadows fall»… L’instrumental «The Lost Orchestra» clôt cette superbe galette entre malaise et espoir au rythme de l’orchestration.
En attendant une suite probable (Gordon en a, semble-t-il, déjà enregistré une partie), je vous invite à vous précipiter sur cette très belle galette!
Tibère
https://gormusik1.bandcamp.com/album/snakes-angels

https://www.youtube.com/watch?v=TJMsspWtlJ4

05/05/2022

Freecall Jupiter
The Dark Influence
hard rock progressif – 61:05 – UK ‘21
Groupe fondé en 2018 par les frères Gee: Tom (chant principal/guitares) et Marcus (basse/chœurs) ainsi que de Luke Bocchetta à la batterie.
C’est grâce à leurs capacités de créer de la musique avec l’aide du partage de fichiers en ligne qu’ils ont réalisé cet album car ils vivaient tous dans des villes/pays/continents différents.
C’est Steve Kitch (claviériste de The Pineapple Thief) qui a mastérisé le projet.
Attention: album concept. Au début, vous vous réveillerez avec «The Freelancer» dans une brume d'alcool et de stupéfiants ingérés quelques heures auparavant et terminerez dans une cellule capitonnée. Assis seul. Traçant distraitement du doigt le contour de votre tatouage de plumes, vous accrochant désespérément au souvenir du visage pâle de cette femme découvert à travers un rideau de gouttes de pluie.
L'album vous emmènera dans un voyage hard rock progressif avec des influences psychédéliques, électroniques et même subtiles de jazz.
Vous pourrez y apprécier le travail de guitare, alternativement incisif ou atmosphérique, chargé d'effets, soutenu par une section rythmique très présente et imaginative dont l’activité est remarquable.
Ne vous laissez pas influencer par l’intro («Divide») qui pourrait vous induire en erreur et vous laisser penser que vous êtes tombé sur un disque d’électro…
Dès le deuxième titre, vous tombez dans le vif du sujet avec un riff bien pêchu qui vous accompagnera tout au long de cette histoire digne d’un roman noir. La noirceur des textes n’étant adoucie que par les mélodies, pour autant que ce soit l’effet escompté…
Car c’est du rock auquel on a affaire, ça tape fort, ça déroute par les breaks nous replongeant, parfois brutalement, dans les vapeurs d’alcool évoquées plus haut. Ambiance quasi psychotique tant les affres invoquées, provoquées sont multiples et se succèdent avec soudaineté. Un album qui présente un savant et réussi panachage de références anciennes et d’arrangements actuels.
Publius Gallia
https://freecalljupiter.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=H7uAXsST994

06/05/2022

Electric Mud
The Inner World Outside
progressive rock/symphonique/cinematic/post-rock – 48:52 – Allemagne ‘22
Electric Mud est né en 2011, fusion de Hagen Bretschnieder et Nico Walser, blues et stoner au départ; le groupe se décrit depuis comme du rock post-folk- jazzy expérimental progressif, de l’eclectic prog, bref difficulté de mettre dans un tiroir musical, prog art musical ambiant sûrement; des moments de détente, de tourmente digne d’une bande-son cinéma; de l’orgue majestueux symphonique, de la musique de chambre futuriste avec des sons nature pris sur le terrain, tout cela pour une expérience cinématique hors du commun fusionnelle.
Les différents titres sont analysés et décryptés sur Prog Archives pour les fanas durs. Sinon, que dire en quelques mots si ce n’est que cet album est juste avant-gardiste dans le genre? Les différents musiciens dont Judith au violon et Timo et Andrea aux programmations soutiennent le piano de David. Que dire sinon que les sensations musicales dérivent sur des ambiances dignes d’un «Interstellar» ou d’un «Prometheus», d’un «Birdy», d’un «Delicatessen» ou d’un «Furyo»; que des sons renvoient à l’univers d’Oldfield, de Japan, de Yes ou de Wilson? Que dire sinon que l’aspect global enchanteur donne la chair de poule, que ces différents titres ont le danger musical de vous envoyer haut, très haut dans les sphères cinématiques d’où l’on ne revient pas sans blessure, sans trouble? Que dire d’autre si je vous dis que la beauté sinistre interfère avec la douceur cristallisée des notes du piano pour l’accord final? Le plus c’est bien de proposer une nouvelle musique de chambre glauque et divine, mystérieuse et envoûtante.
Electric Mud fait donc partir dans des contrées lointaines où cinéma et musique prog s’associent par touches créant un climat unique digne d’un tableau au soleil, où les peintures s’entremêlent au fur de la fonte; un album singulier déroutant, intimiste et branché pour divaguer le soir et s’écarter du monde ambient.
Brutus

https://electricmud.bandcamp.com/album/the-inner-world-outside

https://www.youtube.com/watch?v=mTswtJIsTT4

07/05/2022

NOÊTA
Elm
dark folk/ambient – 38:10 – Suède ‘21
On apprend sur son Bandcamp que Noêta tire son nom de la philosophie grecque et décrit la notion de pensées universelles qui existent sans que quelqu’un (ou quelque chose) les pense… Les paroles de «Elm» sont vaguement inspirées du poème éponyme de l’écrivaine américaine Sylvia Plath et, lorsqu’on s’intéresse un peu à celle-ci (dépressive qui finit par se donner la mort), on comprend le côté sombre de ce deuxième album de Noêta!
Noêta est formé de la chanteuse Elea, prénom (ou pseudo?) qui vient du grec également, et son collaborateur, le multi-instrumentiste Andris.
Nous suivons les 8 titres tout en lenteur et en douceur avec un chant issu du registre heavenly voices, souvent sur une guitare acoustique («Dawn Falls»). La voix d’Elea est donc féerique mais peut être aussi ténébreuse («Above and Below»), hypnotisante («Fade»), chuchotée («Elm» et «Elm II») et, heureusement, sans ces subtilités tout s’enchaînerait dans une lourde continuité. Je n’ai rien contre le côté mélancolique de l’album mais il est si morne qu’il en devient monotone.
La Louve
https://noeta.bandcamp.com/album/elm

https://www.youtube.com/watch?v=PDs2XXncQf4

08/05/2022

Jeffrey Erik Mack
The Forgotten Earth
pop progressive – 65:40 – USA ‘21
Jeffrey Erik Mack est un bassiste et compositeur, membre de Scarlett Hollow et originaire de Los Angeles. Il nous propose, avec «The Forgotten Earth», un premier disque entièrement instrumental où il s’occupe de la basse et des claviers. Il est aidé dans son entreprise par Brett Stine et Gregg Olson aux guitares, mais aussi par Kristian Terzic au synthé et piano, Justin Lepard au violoncelle et Justin Klunk au saxophone.
C’est avec un tourbillon musical, «The Circus Parable» que débute cette galette. «Sailing the Cosmic Ocean» semble poursuivre dans la même voix. Cependant cette impression se révèle rapidement inexacte car un piano jazzy fait bientôt irruption, suivi plus loin, d’une superbe intervention d’un saxophone tirant sur le free. Avec son côté que je trouve arabisant, «The Witch of Pendle Forest» nous emmène en voyage tout là-haut où les vicissitudes de la vie ne peuvent nous atteindre. Notre déambulation aérienne se poursuit avec «Empire of the Elf». Tiens, j’ai ouvert par inadvertance une fenêtre où se joue un morceau de musique classique? Non, notre ami Jeffrey nous offre une reprise du compositeur Giovanni Bottesini, «Concerto No. 2 in B minor, III Allegro (In Memory of Rinat Ibragimov)». Contre toute attente, je viens de découvrir ma plage préférée. Ce sont des rythmes syncopés qui prennent la relève sur «Architect of Existence». «A Farewell to a King» s’avère être un hommage au batteur et parolier du groupe Rush qui nous a quittés en 2020. Quoi de mieux pour prendre congé de notre artiste qu’une douce mélopée? C’est ce que nous propose «Dark Night of the Soul».
Posez donc une oreille attentive à ce skeud, vous en serez conquis!
Tibère

https://jeffreyerikmack.bandcamp.com/album/the-forgotten-earth

https://www.youtube.com/watch?v=J3NxIdsiP_g

09/05/2022

Yang
Designed for disaster
crossover prog/art/math – 61:55 – France ‘22
C'est seulement le 4e album de Yang, groupe créé en 2002 par Frédéric L'Epée. L'exigence reste la même, et une surprise réelle est au coin du sillon virtuel.
Dès «Descendance», Frédéric et Laurent James ouvrent avec des entrelacs de guitares, façon Fripp/Belew (l'album en est parsemé), mais très vite, grande première: Ayşe Cansu Tanrikulu, une chanteuse intervient dans un registre alternativement jazzy et sériel, complétant un panorama fait de puissance rythmique tellurique et de textures rapides des guitares. L'apport de voix dans 5 morceaux est indéniablement une réussite, et Yang s'offre ainsi une nouvelle dimension: math, polyrythmie, minimalisme + humanité.
«Collision Course» et «Disentropy» poursuivent dans la même puissance (style Crimson '74).
Puis vient «Golem», l'un des 3 interludes bien nécessaires, comme autant de respirations dans cet album d'une grande densité émotionnelle. La suite «Words» reprend dans un chœur lourd et oppressant (tel Magma), contrebalancé par le lumineux «Flower You», chanté et addictif dans sa progression imparable. «Unisson» propose une lente promenade qui prend peu à peu une ampleur majestueuse.
«Migration»: première expo du thème par la basse sur une texture de guitare rapide. Thème repris par la voix chaude quasi jazzy. Mais ce serait trop simple, les rythmes se font mouvants, les patterns de guitares instables et, de manière implacable, le morceau ne nous lâchera qu'après 10 minutes denses. Délivrés mais totalement hébétés, empruntons «La Voie Du Mensonge». Sa cloche qui appelle les fidèles, ses guitares trémolos se répondent de manière inquiétante sur un tempo oppressant parfaitement servi par Volodia Brice (batterie) et Nico Gomez (basse).
«Décombres», un superbe soundscape enossifié, offre une dernière respiration de 2 minutes, avant de finir en apnée avec «Despite Origin». De Bach à l'infini, cette ultime pièce magnifiquement ciselée finit dans une litanie, confiteor ou credo «pour toi» du quintet composé par un Kapellmeister du 21e siècle.
Implacable, absolu.
INDISPENSABLE.
Cicero 3.14

https://cuneiformrecords.bandcamp.com/album/designed-for-disaster

https://www.youtube.com/watch?v=RlY65vDqLPg

10/05/2022

The Tronosonic Experience
The Shadow Vol I – The Shadow Pt. 2
progressive rock /jazz rock avant-gardiste – 35:32/35:13 – Norvège ‘21
Le combo The Tronosonic Experience dont ce ne sont pas les premiers essais vous comblera si un jazz échevelé teinté de psyché complexe constitue votre pain quotidien. En fait, les deux volumes sont parus à quelques jours d’intervalle seulement. Le quatuor, composé de Ivar Loe Bjørnstad (batterie), Ole Jørgen Bardal (saxophone), Øyvind Nypan (guitare) et Per Harald Ottesen (basse et principal compositeur), se définit lui-même, sur sa page Facebook, comme étant du punk jazz. S’il est vrai que ces iconoclastes n'hésitent jamais à introduire un tas d’éléments différents dans leur musique, la base est bien entendu du jazz auquel, ils ajoutent du rock progressif, de la fusion, du psyché, du stoner, voire même de l’avant-garde. Vous trouverez donc ici du jazz débridé comme le titre «Sheik» (un hommage à Zappa en deux parties?) ou plus apaisé («Totak»). De nettes influences de King Crimson sont détectables de-ci de-là, mais on peut citer également Soft Machine ou Miles Davis notamment. Cette œuvre en deux parties est sortie peu après le décès de leur bassiste et principal compositeur. Peut-on y voir quelque chose de l’ordre de l’hommage? C’est bien possible. Mon titre préféré se situe sur la seconde plaque et s’intitule «Beehive». Définitivement un album à se passer en boucle…
Tibère
https://open.spotify.com/artist/4zU5j3RYFHqzadFHc42oLp

https://www.youtube.com/channel/UCd3H3MnOZ00SPY8MoNdMamg

11/05/2022

Retreat From Moscow
The World As We Knew It
progressive rock – 73:43 – UK ‘22
Retreat From Moscow, fondé vers la fin des 70’s, a joué sans faire d’album jusqu’à ce premier jet 40 ans plus tard; du rock mélodique d’antan et récent enregistré dans les Cotswolds, ça m’intéresse puisque endroit de distillation, bon je m’égare! Des musiciens qui ont joué pour Tom Jones, Kate Bush, Frank Zappa; des musiciens qui ont baigné dans les sons des Genesis, Uriah Heep, Pendragon, Camel ou Marillion. Du néo-rock progressif fluide sans fioriture emmené par Greg connu pour son implication dans Manic Street Preachers.
11 titres pour une durée totale de 75 minutes; certains titres vont faire office de bouche-trous dans le sens où la connotation 80’s est très/trop marquée. «The One You Left Behind» pose l’édifice de leur son heavy-sympho-prog, la voix est bien posée avec sensualité; un Arena surboosté par une rythmique de fer et un solo hackettien au spleen dérivant sur une plage acoustique. «Radiation» sur du Yes, Magellan, Asia, Boston, un rock prog endiablé; un break clavier à la Supertramp vitaminé. «I'm Alive» avec claviers dont un Hammond pour une intro fondante, rythmique hard assez complexe signant le son de RFM en mid-tempo; un break spatial contemplatif et la déclinaison finale amène à Yes et Marillion. «Constantinople» change de tonalité avec intro acoustique; The Gathering associé à l’entêtement d’un Arena pour un crescendo d’enfer.
«Home» sur la pièce épique, paroles sur la grande guerre, un néo-prog sur du Pendragon/Arena aérien; le break genesissien bouleversant comme le spleen dans le solo guitare final. «Moving Down» pour une ballade à la Genesis/Phil Collins puis du Camel et final en apothéose. «Perception» titre consensuel sur Asia et un air médiéval à la Jethro Tull. «Don't Look Back» avec une intro à la flûte, ballade avec la voix de John impressionnante; Toto me vient en pensée en fin.
Retreat From Moscow fait du rock prog suintant de mélodies imparables, des breaks instrumentaux avec diverses consonances, des airs somptueux, des notes plongeant dans une multitude de sons ancrés au plus profond de notre cerveau, voilà que ces Anglais vont vous faire chavirer; un album de toute beauté, avant-gardiste dans les 80’s, légèrement passéiste aujourd’hui.
Brutus

https://retreatfrommoscow.bandcamp.com/album/the-world-as-we-knew-it

https://www.youtube.com/watch?v=73IFt_Paog8

12/05/2022

Far From Your Sun
The Origine Of Suffering
post rock/rock progressif – 53:32 – France ‘22
Formé en 2013, le projet parisien d'art-rock/rock progressif Far From Your Sun a sorti son nouvel album intitulé «The Origin of Suffering».
Far From Your Sun se définit comme un projet visant à mettre en valeur les compositions musicales rock actuelles en réunissant le travail d'artistes talentueux issus de divers horizons tels que la photographie, la peinture, l'écriture...
Nous n’en saurons pas plus, le groupe est d’une telle discrétion qu’il est impossible de connaître le nom des membres. Nos anonymes se consacrent exclusivement au travail en studio et ne se sont jamais produits en concert.
Les 9 titres vous emmèneront des rives du Nil de l'ancienne Égypte (d’après le livre «A New Translation of the Egyptian Book of the Dead» d'Ellis Normandi) jusqu’au cœur du XIXe siècle et des poèmes d'Emily Dickinson et d'Oscar Wilde.
C’est un album avec des mélodies accrocheuses et des harmonies rythmiques fortes, créant une atmosphère hypnotique qui s'accorde parfaitement avec les textes dont la poésie est l'une des forces de l'album. Il couvrira un très large éventail de musique, allant de morceaux rock à des titres acoustiques plus ambiants («La Fuite de la Lune» – «I felt a Funeral, in my brain») ainsi que des morceaux comportant des instruments orchestraux classiques («Tempus Edax, Homo Edacior»).
Le son est magnifique, cristallin (j’ai écouté au casque) grâce à Frédéric Gervais du Studio Henosis pour son travail d’orfèvre dans l'enregistrement, le mixage et le mastering.
Avec les sorties de ces deux dernières années, nous pouvons affirmer que le rock progressif français fait preuve d’une sacrée santé et cet album ne le démentira pas. Il pourrait très bien figurer dans les tops de l’année 2022.
Si les fans de Katatonia, Opeth, Porcupine Tree, Riverside, Hawkwind et Tool devraient particulièrement apprécier, tous les autres goûteront au plaisir de laisser divaguer leur esprit aux origines de la souffrance.
Publius Gallia

https://farfromyoursun.bandcamp.com/album/the-origin-of-suffering

https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_mQNyDFfy4a8ic40NWPIE5hvX4jnFGD84U

13/05/2022

Hunka Munka
Foreste interstellari
RPI/crossover/vintage rock – 50:24 – Italie ‘21
Hunka Munka est à l'origine le surnom de Roberto Carlotto. Cela veut dire «bon travail» en magyar (du moins c’est ce qu’on grois). Actif depuis les années 70, c'est un claviériste hors pair, reconnaissable au son d'un Hammond customisé. Talent reconnu jusqu'au Royaume-Uni, il a tourné avec Colosseum et Rod Stewart.
Dans les années 2000, HM est devenu duo avec l'arrivée de Joey Mauro, claviériste (et réparateur de clavier vintage). Pas étonnant donc que leur musique touche!
Car, dès l'intro, «La dama della foresta», les claviers se déchaînent pour notre plaisir; c'est assez musclé, cependant j'ai regretté, comme tout au long de l'album (sauf le morceau titre), une batterie parfois trop basique. Mais le reste des protagonistes nous proposent un prog de haut vol, qui emporte immédiatement, très rock; les 2 claviers et la guitare saturée bien soutenus par la basse donnent une impulsion à l'ensemble que renforce l'arrivée de la voix et des chœurs. Quelque part en plein RPI (rock progressif italien) vintage (pour le côté spumante et la voix), coloré en Deep Purple, des Aphrodite's Child gambadent parfois le long du sillon. «Brucerai» et «Idee maledette» confirment le style et l'efficacité. Le chant italien est particulièrement accrocheur, avec un voile et un timbre qui fait penser, parfois, à Demis Roussos, secondé par Alice Castaglioni et Tony Minerba.
Hors style: «La solitudine delle stelle» où la voix d'Alice et le synthé se confondent dans une somptueuse musique stellaire au rythme d'un écho radar, ainsi que «Amanti come noi» un slow des '70, orgue classisant et voix. Top!
À noter aussi le titre éponyme, epic de 13 minutes, qui après une mise en place un peu longue, devient parfois entêtant dans ses chœurs et ses «violons», parfois acerbe dans ses claviers façon Emerson. Un feu d'artifice ponctué d'un solo de batterie efficace!
Après un premier album d'HM en 1972, il a fallu attendre quasiment 50 ans pour le second! C'est une musique enthousiaste et inspirée mais je ne serai pas là pour le 3e...
Cicero 3.14
https://open.spotify.com/artist/3JXDzASeVflVkjP2RuvOTr

https://www.youtube.com/watch?v=Opup__PZrbo

14/05/2022

James Basdanis
Cosmos 'n' Duniyas
worldmusic – 45:51 – Grèce ‘22
James Basdanis est un guitariste de fusion moderne au son oriental. Il est le membre fondateur des groupes jacArt, Stichovoli et Programmed to Rock et fait également partie de Schema. Bien que j’en ignorais jusqu’à l’existence, James a déjà sorti auparavant d’autres créations sous son nom propre.
Toutes sortes d’influences méditerranéennes (du grec à l’arabe) constituent la moelle épinière de cette plaque intrigante dont le titre lui-même signifierait «mondes», si j’en crois mes sources.
Les morceaux sont, dans l’ensemble, courts, trois à quatre minutes (hormis «Firtina», lente mélopée arabisante de presque sept minutes). Si «Krepusko» s’avère typiquement grec, devinez donc où vous emmène «Balkanusion»…
Si nous sommes loin des musiques habituellement présentées dans ces pages, profitez donc avec moi de cette musique apaisante et dégustez donc un ouzo tout en esquivant un pas de danse («Dancing with the Great Beyond») car ici, tout n’est qu’ordre, calme et volupté…
Tibère
https://jamesbasdanis.bandcamp.com/album/cosmos-n-duniyas

https://www.youtube.com/channel/UC9750VE0vC5vpYO6alYyCUA

15/05/2022

Malady
Ainavihantaa
progressive rock – 37:37 – Finlande ‘21
Le finnois est le leader du double A – c’est en tout cas une des particularités à laquelle je le reconnais (entre le chinois, le zaïrois ou le patois du Limbourg) – lettre par ailleurs championne de l’occurrence (avec le I et le T) dans cette langue comme le E dans la nôtre (y a-t-il un Georges Perec finlandais?) – et «Ainavihantaa» affirme sa suprématie, autant comme titre d’album (ici, le troisième de ce groupe réputé pour sa musique organique et rétrofuturiste) que comme représentant nationaliste, avec 5 A pour 2 E dans son équivalent français («Ainavihantaa» signifie «tout le temps»). Malady, orteils nus recroquevillés dans la tradition progressive d’un pays boréal pour toujours, polaire pour de moins en moins de temps, fait aujourd’hui une musique d’hier, qui remonte aux origines comme Benjamin Button déroule à l’endroit sa vie vécue à l’envers (c’est ça le rétrofuturisme): les cinq musiciens absorbent et intègrent les fondements du rock progressif, pour créer, dans la continuité, mélodies humbles et sonorités pleines (Hammond, Mellotron, Wurlitzer, Minimoog) et subtiles (saxophones, clarinette).
Auguste
https://maladyband.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=rH1U-zt9sOw

16/05/2022

Ghost
Impera
hard rock – 49:33 – Suède ‘22
Ghost… vous en avez forcément entendu parler, il s’agit du nouveau groupe à la mode dans le hard rock. Le groupe suédois commence sa carrière en 2006 en évoluant dans l'anonymat et portant des masques sur scène. Il y a le «Papa Emeritus et ses goules». Leur musique est un mélange de hard rock de pop de prog et, lors de la sortie de leur premier album, «Opus Eponymous», ils créent totalement la surprise. Encore actuellement pour moi cet album est leur meilleur. Parlons de suite d'«Impera», leur cinquième album studio. Comme les goules sont masquées, nous ne connaissons pas leur identité, mais on sait que, pour la deuxième fois, elles ont toutes changé. Papa Emeritus étant, lui, passé par une version un, deux et trois, puis l’intermède Cardinal Copia, avant le retour de Papa Emeritus IV, derrière lequel se «cache» la tête pensante du groupe, Tobias Forge. Pour cet album, c'est Fredrik Akesson, le guitariste d'Opeth, qui assure l'enregistrement des guitares. Musicalement, Ghost a bien changé en quelques albums. Nous avons moins de reverb, moins de claviers, plus de guitares. Ils deviennent un groupe moins original et se fondent dans le moule. Par exemple, avec le titre «Dominion» où il y a un passage d'orgue, mais l'effet n'est pas celui de leurs débuts. «Darkness at the Heart of My Love», pseudo-ballade qui nous montre le côté plus doux de Ghost, passera sûrement dans toutes les radios du monde, mais ce n'est sûrement pas ce que les fans de la première heure attendent de Ghost. Même si «Impera» est loin d’être un mauvais album, Ghost est devenu un groupe de metal mainstream. «Impera» traite de la naissance, des échecs et de la chute inéluctable des empires, mêlés à des éléments mystiques et ésotériques. En ce qui concerne les influences, on retrouve Kiss, Def Leppard, Metallica... Vous l'aurez compris, cet «Impera» ne m'a pas totalement convaincu et je pense que beaucoup de fans resteront sur leur faim. Si vous découvrez ce groupe, l'album est agréable… mais soyez curieux d'écouter leur premier album «Opus Eponymous».
Vespasien
https://ghost.bandcamp.com/album/impera

https://www.youtube.com/watch?v=DD2m_iqD7dI

17/05/2022

Bess of Bedlam
Dance Until the Crimes End
pop psyché – 43:20 – France ‘22
Encore une production du label lyonnais Dur et Doux que ce Bess of Bedlam dont voici la troisième galette depuis 2014. Fruit de la collaboration entre Fanny L'Héritier (chant, synthés guitare) et Guillaume Médioni (guitare électrique, basse, banjo), tous deux également dans le projet Odessey & Oracle, cet album nous entraîne vers une pop capricieuse et fantasque avec, parfois, un goût de folk psyché. Notez que Fanny, dont les influences sont plutôt anglo-saxonnes (Kate Bush, Robert Wyatt ou Joni Mitchell), s’occupe aussi bien des paroles que de la musique. Voyons ce que nous dit le dossier de presse: «Au détour de ce voyage rocambolesque et tourmenté, on croise notamment un collectif féministe engagé contre le nucléaire dans les années 80, trois femmes aux destins liés les uns aux autres, une bourgeoise anarchiste russe dans les années 20, une mère et sa fille en éternel conflit… Autant d’aventures sublimées par des mélodies sinueuses et des surprises harmoniques, entre autres artifices dont Bess of Bedlam a le secret.» En tout état de cause, le résultat se montre enchanteur (la voix suave et enfantine de Fanny n’y est pas étrangère). Quel bonheur de pouvoir se reposer les oreilles sur ces ritournelles simples, le tout sans prise de tête! Parfois, par exemple, sur le titre «What Can We Wise Women Do», le chant délicat de Fanny m’évoque Lio lorsque celle-ci se fait tendre et délicate sur ses chansons les plus intimes («Dites au Prince Charmant»)…
J’ai vraiment apprécié ces quelques instants de pur bonheur et j’espère qu’il en sera de même pour vous…
Tibère

https://bessofbedlam.bandcamp.com/album/dance-until-the-crimes-end

https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_m1BDSS7TfITM9Q-OVrKYfjMeglZYNSXf0