Chroniques Février 2026

07/02/2026 : Border Hills - Border Hills

Border Hills
Border Hills
néo-progressif symphonique - 51:37 - Italie 2025
Border Hills est un groupe de rock prog venu de nulle part, sortant son 1er album, mélange d’éléments symphoniques, classiques et new prog. Une musique émotionnelle alliant le son moderne aux réminiscences sur Genesis, Pink Floyd, Yes, Dream Theater. L’inspiration de Goya sur l’imaginaire, les peurs enfantines et leur libération avec cette musique cathartique, moteur musical principal. Mais quel genre? Allons voir.
«Sabbath» en intro sombre et bouleversante aux synthés envahissants, spatiaux. «The Dream of Flying» avec la voix étonnante d’Elisa sur celle d’Anna d’Albion, haute, le solo guitare gilmourien de Simone, le synthé: tout dégage emphase et vibration. Un break narré avec du solo en veux-tu en voilà. Texte sur les peurs enfouies, frisson intense. «Whean Reason Sleeps It Generates Monsters» à l’air génésisien seconde période avec ces mélodies millimétrées. Un duo vocal en mid tempo, spleen batterie aérienne, ballade anodine sur le monde cruel actuel. Un grand moment de lyrisme musical. Beau refrain et solo guitare tournoyant, langoureux. «Into the Mist» enchaîne, vocal en pure lamentation, pad en pure élévation sur deux tons, guitare en pure méditation, synthé en pure contemplation guimauve, fondant sous la langue. L’instrumental killer génésisien moderne ne demandant qu’à se répéter à l’infini, onirique. «The Small Town» pour l’air country et sa slide guitare, le vocal aigu pour le morceau folk nostalgique où l’un des musiciens a vécu un drame. Les notes contemplatives en mode berceuse mélancolique et un final guitare époustouflant.
«The Door» remet le son prog à la barre avec ce départ champêtre cristallin, consensuel, Elisa touchante. La montée avec le clavier derrière, la guitare spleen pour le crescendo en ordre de bataille. Le solo dantesque, le clavier solo burning ropien, la vague musicale sortant avec l’écume rebondissante. «Saturn» à l’orgue solennel, titre de Johnny me revenant en tête. Titre saccadé, riff heavy, clavier opalescent. Ca lorgne vers Edenbridge, The Gathering, Lesoir, un tantinet nostalgique. Du bon metal prog sans explosion instrumentale, juste le coulis de notes avec la guitare fondante, et «The Haunted Mansion» enchaîne en interlude cinématique aux cris de bébés, vent, dérive psychédélique angoissante sur l’histoire cruelle. «Giant» arpège guitare bucolique guidant Elisa sur les terres de Iona, Magenta période folk, Mostly Autumn époque Heather, un groupe éthéré à voix féminine fondante. Un melting pot pour une mélodie triste, bercée de la voix évocatrice et magnétique. Le clavier est l’âme dudit morceau se lançant en solo mélancolique bouleversant. Comme toute fin on attend un solo guitare immense, il sera exceptionnel, invitant à la rêverie infinie. Outro tribale bluffante.
Border Hills sort un OMNI, de la mélodie, l’ambiance, une douceur dramatique, suave, envahissante. Lorsque Pink Floyd rencontre Genesis au XXIe siècle avec du Mellotron suintant. Les fans de groupes plus récents comme Anathema, Kompedium, The Reasoning ou Knight Area y retrouveront des comparaisons marquées pour l’intensité des notes et l’introspection dégagée. Un album OMNI remarquable au son récent mélangeant astucieusement des sonorités anciennes à partir d’œuvres de Goya en mode prog généralisé, alternatif, folk, atmosphérique. Un mélange savoureux entre la guitare, le clavier et les voix envoûtantes, un prog d’aujourd’hui comme on le rêve encore.
Brutus
https://melodicrevolutiondistro.bandcamp.com/album/border-hills
https://youtu.be/xxdQkiYHh48

06/02/2026 : Compassionizer - A Tribute to Depeche Mode

Compassionizer
A Tribute to Depeche Mode
rock de chambre - 40:34 - Russie 2025
Le projet est original et ce sont ses arrangements qui lui valent cette chronique – Depeche Mode ayant nativement peu d’accointances avec les musiques progressives. Un tribute au groupe britannique de synthpop, né en 1980 dans le sillage de la new wave et de la prolifération des instruments électroniques, qui capitalise sur six chansons de sa période classique (1986-1990) retravaillées dans une veine méditative et expansée et enrichies d’une large palette de timbres, acoustiques comme amplifiés: guitares, rubab (apparenté au luth, l’instrument vient d'Afghanistan), batterie et percussions – doira (un tambour sur cadre), dholak (ancêtre du nâl, c’est un instrument à percussion du nord de l'Inde), maracas – vocoder (Serghei Liubcenco), clarinettes, basse ou non (Leonid Perevalov et AndRey Stefinoff), synthétiseurs (Ivan Rozmainsky) – auxquels Sabina Vostner ajoute sa voix et le ukulele et Alexey Krupa le Theremin. Compassionizer se singularise depuis cinq ans par un mélange singulier d’avant‑garde, de musique de chambre, de rock progressif, d’ambient et de world music: «A Tribute to Depeche Mode» n’imite pas, il détricote et hybride, au travers d’un instrumentarium loin des mélodies d’origine – dont les musiciens déterrent des dimensions jusqu’alors inaudibles – en un hommage à la fois révérencieux et iconoclaste.
Auguste
https://compassionizer.bandcamp.com/album/a-tribute-to-depeche-mode
https://www.youtube.com/watch?v=fBpWm4m9Hg4

05/02/2026 : Fearful Symmetry - I’ve Started, So I’ll Finish…

Fearful Symmetry
I’ve Started, So I’ll Finish…
rock progressif - 53:16 - Angleterre 2025
Troisième album pour les Londoniens de Fearful Symmetry, créé en 2018 par les cousins Suzi James et Jeremy Shotts. La plupart des instruments sont joués par Suzi, qui a commencé la guitare de manière professionnelle dans les années 1970 dans des groupes de blues et de prog rock et qui a également fait des reprises. Suzi a ajouté la basse, les claviers, la flûte, le violon, l'oud et la mandoline à ses compétences. Fearful Symmetry souhaitait créer quelque chose de nouveau à partir de toute la musique qu'ils aimaient écouter: «un hommage affectueux au prog rock classique, mais avec des compositions contemporaines, traversant différents sous-genres et visant à restituer une ambiance et un son familiers». Ce nouvel opus «I’ve Started, So I’ll Finish...» reflète leur volonté constante de fusionner de nombreux styles et influences. La multi-instrumentiste Suzi est de nouveau accompagnée par Yael Shotts (chant) et Sharon Petrover (batterie). Yael Shotts a chanté dans un ensemble de jazz et a participé à un festival en tant que membre du chœur du groupe de metal opératique Scardust. Sharon Petrover est un batteur professionnel de studio et de scène basé à Tel Aviv. Le morceau d’ouverture, «One by One», a une touche de prog symphonique et pas mal d’incursions faisant référence aux années 70. On ressent également des influences de Yes dans le titre «Hard as Diamonds». Le titre final, «Tears of the Gods», qui dépasse les dix minutes, navigue dans un registre plutôt calme, mais le riff de guitare récurrent est vraiment parfait. Les passages instrumentaux soutenus par une basse ronde et lourde sont un régal pour les oreilles. «I’ve Started, So I’ll Finish» est un album très bien conçu qui ravira tous les fans de rock progressif classique. Si vous êtes fans de groupes comme Yes, Camel, King Crimson, foncez! Bonne écoute…
Vespasien
https://fearfulsymmetry.bandcamp.com/album/ive-started-so-ill-finish-24-bit

04/02/2016 : Leap Day - When Gravity Wins

Leap Day
When Gravity Wins
néo-progressif - 66:03 - Pays-Bas 2025
Leap Day, groupe créé en 2008, voulant partir sur du symphonique; c’est avec la venue d’Eddie, guitariste du Pink Floyd Project et des Flamborough Head, que ce jour bissextile a commencé à se faire un nom, d’où ma découverte en 2009. L’occasion de voir où ils en sont aujourd’hui avec ce nouveau chanteur pour ce 7e opus de néo-prog bien gras, flirtant avec IQ au départ.
«VOID» avec des voix au-dessus de conflits infinis, le vide d’un monde trop connecté. La musique avec le piano lorgnant versSupertramp, le vocal grave et changeant de Roelof, l’air rythmé; un relent beatlesien, ça commence bien. Le riff guitare en mode Saga sur les claviers, du prog métal contenu sur Frost* et consorts. «Viral Cage» instrumental axé sur les claviers de Gert et Derk se jouant de la guitare d’Eddie, le tout introduit par un vocal cybernétique. Une belle déclinaison soft rock jazzy, un velouté nerveux, groovy, montant avant de s’éteindre sur le piano solennel. Transition avec l’orgue, une toux et un dernier solo guitare fondant entre Camel et Marillion. Le compteur Geiger, du vent qui enchaîne sur «Winter» neigeux en histoire d’amour d’une poésie d’Elizabeth Barrett. L’ode musicale au vocal prégnant, mélodie piano entêtante s’incrustant au plus profond, dramatiquement. La trompette martiale de Derk assène un air pastoral mélancolique dans la lignée des Big Big Train à leur plus haut niveau. L’avion comme transition stéréo avec «Falling Star» wallien, texte sur la trahison et le meurtre d’un parachutiste. Rythme langoureux amplifié de la voix rocailleuse de Roelof, air spleen des Motors sur le solo guitare; break sur Collins et sa batterie synthétique puis solo clavier monolithique, solo guitare qui regonfle avant la chute. L’espace floydien prégnant, psyché-réverbérant; Eddie enflamme l’air, l’étoile montée trop haute chutant: ce solo guitare qui en ferait regretter le retour vocal.
«Wrinkles» air répétitif, mélange mélodie douce du clavier banksien sur le vocal rocailleux insistant, les guitares émulsifiant le tout. Le final alliance clavier et guitare pour le moment épique génésisien, un peu de vagues et «Pride Before The Fall» surfer dessus; l’intro majestueuse perlant ses notes claviers avant «Once Upon a Time» de Roelof sur la légende de Stavoren. L’orchestration sur Alan Parsons et la mélodie déroule jusqu’au break yessien à chœurs. Des claviers néo typés un tantinet trop gras, un air prévisible et archaïque. L’instrumental se lâche, à tiroirs, la basse veloutée de Harry raccrochant ces breaks successifs. Final avec la guitare éructée d’Eddie faisant oublier la longueur. Dernier solo piano solennel, dernier refrain de Roelof avant les vagues éternelles soutenues de cris de mouettes.
Leap Day sort la baffe du mois: du synthé, de la guitare, une voix, des breaks, des ambiances, du rock rétro-néo-progressif sans retenue. Le plus cette mélodie comme au bon vieux temps, le moins les longueurs du dernier titre, plus un empilement de séquences musicales. Un bon album qui aurait été meilleur à être plus court, perdant ici son intensité. Un opus invitant à voyager dans le chaos numérique qui tombe aussi dans la grandiloquence par instants avec de grands moments claviers et guitare, le point fort de l’album.
Brutus
https://leapday.bandcamp.com/album/when-gravity-wins
https://youtu.be/G0Z-iwrSYA

03/02/2026 : Jonas Lindberg & The Other Side - Time Frames

Jonas Lindberg & The Other Side
Time Frames
rock progressif symphonique - 69:31 - Suède 2025
Aucune parenté avec le célèbre aviateur, souvent présenté, à tort, comme le premier à avoir traversé l’océan Atlantique et qui était également d’origine suédoise.
Celui dont il est question, bassiste et producteur habitant Stockholm, est à l’origine du projet de rock progressif fondé en 2012. Ce dernier a tout écrit et gère beaucoup d'instruments et de chants lui-même, mais avec des contributions indispensables d’un groupe d’amis et musiciens de grand talent. Ils sont huit à soutenir les sept compositions proposées.
Notre multi-instrumentiste et compositeur suédois fait une musique enthousiaste et dynamique qui rappellera fortement Neal Morse (Band), Spock’s Beard et Pattern-Seeking Animals. S’il en était besoin, vous pouvez vérifier cette filiation dans le précédent album de notre artiste, «Miles From Nowhere», sorti en 2022, dans lequel il y a une belle reprise de Spock’s Beard: «The Good Don’t Last»…
Tout au long de ce nouveau disque, vous serez agréablement surpris, ici d’une incursion dans les rythmes latino–américains, là une petite ambiance folklorique ou encore de l’utilisation légère d’une pédale wah-wah mais aussi alternant avec une guitare acoustique avant d’emmener dans des soli, principalement de guitares (mais pas que) passionnés et passionnants.
Mais ce sont surtout des claviers qui trament les mélodies, même si des flûtes se font entendre à tous les coins de rue, instrument privilégié, déjà omniprésent dans son travail en 2008 sur son premier EP, «In Secret Pace», enregistré par Jonas comme un examen-projet à l'École de musique de Piteå.
Si vous pensez, comme certains, que Neal Morse tourne (un peu) en rond ces derniers temps et que vous regrettez ses productions «d’avant», courez écouter Jonas Lindberg… Vous m’en direz des nouvelles!
Publius Gallia
https://jonaslindbergtheotherside.bandcamp.com/album/time-frames
https://youtu.be/qRaPG6GHDTI?si=v0hEBYY46RAU8QJY

02/02/2026 : Lunatic Soul - The World Under Unsun

Lunatic Soul
The World Under Unsun
crossover progressif - 89:34 - Pologne 2025
Lunatic Soul, groupe dans lequel Mariusz Duda officie avec Riverside. Il explore des sonorités douces, planantes depuis 2008. Il conclut ici la saga «The Circle» sur ce 8e album se déroulant entre «Fractured» et «Walking on a Flashlight Beam», nous transportant sur la musique tribale, intimiste, entre la vie et la mort. Voyage avec utilisation d’éidolies pour des introspections atmosphériques. Un son lorgnant vers Dead Can Dance, Peter Gabriel pour ses musiques de film, Mike Oldfield, Anathema et Depeche Mode: fusion ambiante, folk, électronique.
«The World Under Unsun» monolithique, entêtant, sur l’électronique répétitif. Un morceau étalon wavien minimaliste. C’est tribal et mantranique, le générique d’un film débuté il y a 10 ans sur la mélancolie d’une éclipse de vie. «Loop of Fate» aux percussions des 1001 nuits, relent de Dead Can Dance. Un rythme redondant, agressif avec le saxo final de Marcin, un son complexe se rapprochant de son premier album. «Good Memories Don't Want to Die» harpe divine à la Vollenweider, piccolo, Mariusz narrant pour émouvoir. Le violon final sur guitares lorgne la ballade diablement sinistre des Cure. «Monsters» plus envahissant avec ce synthé bourdonnant, la basse orientalisée. Rythmique d’enfer avec le vocal mantranique et le final fougueux rempli de couleurs chatoyantes. «The Prophecy» sur un piano électrique épuré, l’air rappelant «Silent Hill» avec ce sentiment de lassitude morbide. L’apport batterie saccadée et son piano bourdonne, remplit les oreilles, Mariusz déroule sa voix sur le final prophétique. «Mind Obscured, Heart Eclipsed» à l’entame atmosphérique, sonneries de trompettes pour ce morceau envoûtant au riff aiguisé, flirtant les travaux d’Oldfield. Le saxo évanescent sur le final dark wave guimauve, riff nerveux avec un hang imaginaire aérien et contemplatif. «Torn in Two» vocal et piano pour la comptine, complainte solennelle et violoncelle final.
«Hands Made of Lead» piano, voix narrée, crescendo onirique au saxo résonnant, synthé old wave: des envolées puissantes comme celle sur Riverside. Un beau voyage animal où les voix candides s’intègrent à l’espace tonitruant. Du lourd avec ce final ambiant. «Ardour» mode folklorique tribal flirtant avec Pain Of Salvation. Complainte saccadée au synthé gras, la basse en ossature des morceaux. Un air médiéval, troubadour invitant à la danse. «Game Called Life» avec l’intro comme on la rêve, mystique et intimiste, élégiaque et envoûtante; orgue à faire frissonner les poils. Entre DCD et Vollenweider joué en lisière de bois. La variation électronique à la Depeche Mode, les chœurs en ballade métronomique. Quelques essoufflements et le synthé part sur les errements progressistes des Simple Minds, jouissif; l’outro accélère, la basse nous assourdit. «Confession» se rapproche de Riverside avec cette ballade multicouche au synthé prégnant, folk spleen. «Parallels» sur l’atmosphère lourde des Depeche Mode, réverbération de synthés, bande son hypnotique à la Serra. «Self in Distorted Glass» basse des Cure, percussions prégnantes, syncopées, Mariusz en chef d’orchestre. Montée riff heavy dark rock envoûtante, ensorcellante, cinématographique sur DCD. Un voyage ancestral dans l’ancien temps, crainte des horreurs tapies dans le noir. Mantranique et compulsif, relent du King Crimson se tassant lors du final aquatique, reposant. «The New End» final solennel, piano néo-classique rayonnant, Mariusz prenant sa plus belle voix. Beauté simple, minimaliste pour revenir doucement d’entre le monde des presque morts.
Lunatic Soul avec aux manettes Mariusz, pouvant composer sans retenue. Sa voix est le plus, l’expérimentant sur ces atmosphères lugubres, éclairées et méditatives. Sortie en automne, époque idéale d’écoute entre obscurité et spleen mélancolique, oxymorien. Des couleurs, des atmosphères, du rythme proposant cette intrigue musicale sur l'avant, l'après. Son gothique, dépressif, folklorique, ambiant, électronique, réverbérant, sidérant. Un melting-pot où Mariusz transcende sa voix, utilise le clavier et la basse comme signature, âme du groupe. Un long album répétitif, n’en écouter qu’un à la fois. Un album montrant une belle facette de la musique progressiste, originale (dixit Mariusz).
Brutus
https://insideoutmusic.bandcamp.com/album/the-world-under-unsun-24-bit-hd-audio
https://youtu.be/yo3Q763K4WY

01/02/2026 : Retour vers le passé : Supertramp - Even In The Quietest Moments…

Supertramp
Even In The Quietest Moments…
rock progressif étalon - 43:25 - Angleterre 1977
Supertramp et ce 5e opus, le meilleur? Disque d’or au temps où cela avait encore une signification, enregistrement en altitude avec la célèbre photographie enneigée, où le froid agit sur le son et deux génies du son qui composent des hits à la pelle, pour déneiger? Des titres passant sur les ondes boudés par certains progueux intégristes mais adulés par une majorité de fans de belle musique. Supertramp c’est 11 albums dont certains résonnent à tout jamais dans nos souvenirs. Révisons ensemble un tantinet.
«Give A Little Bit» ouh yeah; guitare acoustique, un air simple, le riff mesuré et le sax de John, important à l'époque. Un titre pop song passant en radio. Du prog, du prog-pop crossover pour embêter avec le final qui sied, dididing résonnant. «Lover Boy» et l’intro anglicane, simple au piano. Le chœur et la batterie symphonique de Bob qui nettoie les enceintes. Le piano lent, des nappes de claviers, Rick orchestre avec son jeu de voix. Un solo guitare qui arrache, souvent plus hard que dans nombre de groupes metal, le prog est bien à sa place avec ce titre alambiqué. «Even In The Quietest Moment» titre éponyme avec ses marqueurs: guitare acoustique venant d'ailleurs, clarinette chaleureuse gonflant l’atmosphère, Roger mettant l'entrain aidé des percussions. Montée latente avec la voix éructée, les sons vibrant derrière, ça virevolte de partout. «Downstream» en love song, le maillon faible avec piano et voix trop présents. Une suite jazzy bar en mode art pop rock classique pompeux.
«Babaji» rassure, entrée vocale évolutive au démarrage entraînant, festif et progressiste. L’orchestration typée, simple et délicieusement construite. John en rajoute un coup, les chœurs des deux convives se lançant en bataille verbale. «From Now On» piano maestro qui roule; latence, effusion et explosion pour ce titre simple diablement orchestré. Sax et son gras qui bercent d'un coup, roulement de tambour; finale en langueur avec ce chœur qui suit. «Fool's Overture» ah il restait un titre. Piano arpège classique, latent, un côté planant il ne manquerait plus que l’orchestration avec bruits de guerre et l’appel d'un ministre. La trompette avertit, Big Ben, tout se passe comme écrit. Le synthé, les cris, l'ambulance, ton ton tom, il fallait oser se lancer dans cette intro remarquable. Cinq minutes de bonheur je la remets. La montée progressive, onirique, mettant en transe. Le ton est solennel avec un potentiel hymne militaire d’une guerre cruelle. Roger sublime sa voix sur le couplet minimaliste, le refrain sophistiqué. Le sax avant le final, un peu de vent on s'habille et on s'en va. Les chœurs au loin, dreamer que j'entends, ça repart. Le titre que j'ai passé jusqu’à usure du microsillon; c'est la vraie fin.
Supertramp a signé un album progressif, pop prog peut-être, mais un très bon album qui donnera l’un des plus grands titres progressistes de fait. Supertramp c’est le génie de deux voix et d’un groupe que tout un chacun cachait l’album sous son pull au départ pour se l’écouter religieusement. Supertramp c’est super au point d’avoir eu plaisir à se replonger dedans.
Brutus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/4X87hQ57jTYQTcYTaJWK5w

01/02/2026 : Last Plane Out - Cautionary Tales

Last Plane Out
Cautionary Tales
pop crossover - 37:27 - Suède 2025
Last Plane Out c’est Nils et Anders jouant auparavant depuis les 90 dans Karmakanic et Future Elephants?, le nom provenant d’un titre de Toy Matinee. Un son prog pop dégageant émotions et ambiances symphoniques, néo-classiques; les rythmes empruntent à Peter Gabriel, David Bowie, plus loin ELO pour l’orchestration classique et Elbow pour le vocal. Un univers féerique, mélancolique et contemplatif pour se promener avec ce 2e opus de crossover pop.
«Young at Heart» entame solennelle, pop art-rock symphonique en mid-tempo avec le clavier entêtant, gras, réverbérant, facilitant l’écoute quasi religieuse. «Break the Chain» pour son piano électrique en mode clavecin, air syncopé dansant. La voix cause d’elle même imprimant ce rythme si particulier. «Cautionary Tales» entame cinématique d’un conte elfique, effluve néo-classique, air grandiloquent et solennel. Une ballade mainstream flirtant le slow romantique. «Silver and Gold» avec le piano cristallin et la flûte folk, ambiance génésisienne avec la voix veloutée sur Collins en sérénade champêtre. Une outro médiévale amène un temps plus de gaité.
«All Fools Day (Album Version)» pour la comptine, la ballade pop avec sa sauce progressiste minimaliste sur des accords classiques surfant sur les tonalités génésisiennes seconde période. Un titre pop classique symphonique tonique.
«Step Out Tonight» avec ce synthé éclairé renvoyant de suite sur Asia, on ne se refait pas. La voix dénote, entraîne sur un rythme entêtant des 80 en faisant bouger comme un titre radio edit. «What If?» entame folk, vocal cotonneux à la Robert Wyatt, soufflant ses mots. Latence avec le chœur élégiaque, délicatesse des notes avant le final endiablé ; montée solennelle, respect. «Four Hundred Days» entame arpège bucolique se voulant festive avec l’utilisation d’instruments médiévaux, invitant à la méditation tullienne. «The Butterfly Effect» avec Klara à l’alto sax, marque de fabrique solennelle. L’alto me rappelle celui utilisé avec Saga, beauté intemporelle, ce petit effet papillon me transportant instantanément 40 ans en arrière. Climat sombre avec cette lumière blafarde dégageant plus d’ombre.
Last Plane Out est donc l’association de deux musiciens rodés aux concerts chacun de leur côté, n’hésitant pas à fusionner pour donner ce son singulier de pop. Un album conçu comme un hommage à Kevin Gilbert, le groupe empruntant son nom à l’une de ses chansons. LPO croise des sonorités sombres et éclairées à la fois, des Beatles à ELO et APP, pour les acronymes c’est bon. Une pop soyeuse, agréable avec des airs mélancoliques dégoulinant des mélodies accrocheuses auxquelles la guitare s’associe parfaitement. Excellent dans le genre.
Brutus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/68kTxsKrDbd8Ncp4bv00gN
https://youtu.be/K1mFoWmx0ZM