Janvier 2023

01/01/2023 : Queensrÿche - Digital Noise Alliance

Queensrÿche
Digital Noise Alliance
heavy metal progressif – 60:32 – États-Unis ‘22
Queensrÿche, quel groupe mythique de métal prog américain! Vous connaissez sûrement leur album mondialement idolâtré «Operation: Mindcrime». Seizième album pour eux en quarante ans de carrière! La première surprise est au niveau du line up… non par l'absence du chanteur emblématique Geoff Tate, ayant quitté le groupe en 2012 pour continuer en solo sous le nom Operation: Mindcrime, mais par le retour du guitariste Mike Stone, parti en 2009 et remplacé par l’excellent Parker Lundgren pendant neuf ans. À la batterie, officialisation de Casey Grillo (ex-Kamelot) qui remplace définitivement le batteur historique du groupe Scott Rockenfield qui ne donne aucune nouvelle à ses comparses depuis des années maintenant. Les piliers du groupe, Michael Wilton à la guitare et Eddie Jackson à la basse, sont toujours bien présents comme l'excellent chanteur Todd La Torre (ex-Crimson Glory). Ce Digital Noise Alliance est dans la lignée des derniers albums et de leurs plus grands albums. Ils déploient un heavy métal progressif tantôt direct tantôt complexe. Je trouve que le titre «Lost in sorrow» pourrait être tiré d’Operation: Mindcrime tellement on les voit retrouver leur genèse. «Tormentumun», titre à la Dream Theater avec une pointe de Fates warning, est une merveille. «Hold On» est sombre à souhait et Casey Grillo est énorme sur ce titre. Je le trouvais bon batteur sans plus mais sur cet album il démontre ses immenses qualités. En bonus, une petite reprise de Billy Idol, le bien connu «Rebel Yell». Depuis un certain temps, Queensrÿche nous démontre qu’ils ne sont pas finis et qu’ils ont encore beaucoup de créativité. Une écoute est impérative...
Vespasien

https://open.spotify.com/album/0AjjVxJ8KkGrrRImHUlC3r

https://www.youtube.com/watch?v=-yGAXvgyqy8

02/01/2023 : Gotho - Mindblowing

Gotho
Mindblowing
crossover – 47:52 – Italie ‘22
«Un barbu, c'est un barbu! Trois barbus, c'est des barbouzes!», dialoguait Audiard. Bien, mais là ils sont deux, et un peu secrets, car il n'est pas simple d'en savoir plus sur Gotho. Fabio Cuomo (claviers) et Andrea Peracchia (batterie et percussions) sont Génois et se sont formés à l'été 2020. Le CD se présente un peu comme un jeu d'arcade, la pochette est bien barrée! Un peu comme leur musique: le morceau d'intro «Peste Bucolica» se répand partout entre métal – sans les vociférations car c'est instrumental – et lyrisme; les claviers sont aériens en arpèges ou parfois goblinesques quand l'atmosphère se fait lourde. Notons que Fabio Cuomo a déjà à son actif plusieurs disques solo de claviers plus «classiques». Mais ce mélange est une agréable surprise!
«Miami Weiss» confirme que les seuls textes disponibles seront les titres qui sentent bon le clin d’œil. Une rythmique électronique, voire techno, en plus de la batterie, de l’électro (j'aurais cru à des boucles, mais ils déclarent ne pas en utiliser, pas plus que d'overdub), les claviers réverbérés égrainent la mélodie qui se meut le plus souvent par de lentes évolutions. Et parfois les notes pleuvent, sérielles. On est proche parfois de l'expérimental, mais le tout reste attractif car intrigant, que va-t-il se passer ensuite?
«Ilary Blastbeat»: une courte (131 sec) déflagration un peu trop répétitive, mais cela ne dure pas! C'est l’apéritif de «Gatta De Blanc» qui n'est pas le morceau source dont Police aurait fait un «Reggatta De Blanc» que vous pouvez voir en live in studio sur le lien YouTube que nous vous proposons.
Ce morceau est une indéniable ouverture psychédélique qui m'a fait un peu penser à l'époque expérimentale d'Ummagumma; Andrea dans ses cymbales et le clavier dépouillé de Fabio font de ces 25 min un excellent moment de rêverie!
Disque pas commun que je vous invite à découvrir sans attendre, vous ne vous y ennuierez pas un instant.
Cicero 3.14
https://gothoband.bandcamp.com/album/mindbowling
https://www.youtube.com/watch?v=S0HbQof5iRY

03/01/2023 : Even Flow - Mediterraneo

Even Flow
Mediterraneo
metal progressif – 23:28 – Italie ‘22
Even Flow est un jeune groupe italien; ils en sont à deux albums depuis 2011. Ils sont plus adeptes des EP comme celui-ci. Musicalement, c’est très propre: un pur métal mélodique et progressif avec de belles envolées de guitare et clavier. Peut-être un peu trop propre et prévisible. Je ne suis pas spécialement fan du nouveau chanteur, Marco Pastorino, même si celui-ci se défend bien; c’est juste une question de feeling. Mediterraneo est un EP agréable à écouter et qui peut vous faire découvrir le monde d’Even Flow. J’y retrouve par moments du «Angra» et de l'«Ayreon». Fans de métal et de prog classique pas trop musclé, cet EP est pour vous.
Vespasien
https://open.spotify.com/album/0q0Jd9riyltTPCYdh5OOwM
https://www.youtube.com/watch?v=SR6bOO5XVes

04/01/2023 : Sendelica - One Man's Man…

Sendelica
One Man's Man…
rock psychédélique – 72:29 – Pays de Galles ‘22
Ce groupe gallois est un trio composé de Pete Bingham (guitare et électronique, ex-Kald), Paul Fields (batterie) et Glenda Pescado (basse, ex-Nik Turner‘s Fantastic Allstars). Ils organisent tous les ans un festival de rock psychédélique au Cellar Bar de Cardigan Dream of Dr. Sardonicus (19e édition, j‘y vais). Une grande productivité, entre autres The Girl From The Future Who Lit Up The Sky With Golden Worlds (2009), Anima Mundi (2015) et Cromlech Chronicles (2018).
«The Dawn of Man - Homo Habilis»: le tocsin sonne, un nouvel homme arrive dans le village et il est stone. L‘angoisse s‘empare de nous à l‘aide d‘un sax à la Nik Turner et des claviers à la Tangerine Dream. Pour évoluer vers un rock psyché teigneux et inaugurer un album très long et copieux. Rythmique puissante et inspirée fera le régal des petits et des grands. D'aucuns diraient du Algarnas Tradgard ou du Parson Sound en plus moderne. Sendelica est dans le jeu depuis longtemps et arrive à en tirer son épingle. 14 minutes de haut vol avec un peu d'Heldon.
«Homo Rufdolfensis»: un début à la Hawkwind; j'ai trouvé une bonne place dans l'astronef avant d'en dénicher une pour le festival. Des réminiscences d'Acid Mothers Temple (claviers sinueux). Un vrai moment de plaisir une fois de plus. Dans le passé Hawkwind et Pink Fairies ont joué ensemble en live. Une association Sendelica et Hawklords serait chouette. Me fait aussi penser à Faust (le 4).
«Homo Erectus»: un album décidément remarquable, convoquant King Crimson et Morphine. Sombre et complexe cet instrumental. Un groupe qui cherche toujours à se renouveler et à prendre des risques. J‘ai apprécié d'être décontenancé par ce morceau, partie intégrante d'un concept album space rock.
«Denisovans»: jamais entendu parler de ce Denis Ovans auparavant. Mais c‘est très bon. Planant, éthéré et hanté. Un psychédélisme des âges incertains. Je ne regrette pas de m'être vu confier la chronique de cette galette. Très post rock et hypnotique un peu comme les Frippertronics.
«Neanderthal»: un superbe voyage cosmique dans cette piste apaisée et aérienne. Une belle digression (saxophone bien en évidence) afin de nous permettre de reprendre des forces avant le final homérique. Pas toujours aisé de trouver les mots pour exprimer son appréciation .
«Homo Sapien»: du space rock de 1re classe comme Sendelica a toujours su le faire. Une ambiance à la Gong. Je me rappellerai toujours un Allemand qui m‘avait dit à Burg Herzberg que le space rock n‘était pas de la musique; rien n'est plus faux. Un brin de krautrock aussi pendant ces superbes minutes. Je peux le dire maintenant: vivement les 4, 5 et 6 août 2023!
«Future Man - Homo Superior»: en bon fan des X-Men, je ne suis hélas pas un «Homo Superior», mais ce disque est «Superior» car il a toutes les caractéristiques idéales d‘un album de psyché: de longs morceaux planants et acides, une virtuosité de tous les instants. Valeur ajoutée d‘inquiétants moments. Je mets par ailleurs Sendelica au niveau d‘Øresund Space Collective (générosité et sincérité identiques). Ferait aussi une excellente musique de film pour un polar ou un David Lynch. J‘ai eu la chance de voir Sendelica au Kozfest 2018.
Fatalis Imperator
https://sendelica.bandcamp.com/album/one-mans-man
https://www.youtube.com/watch?v=g5b1Q7nk9a4

05/01/2023 : Dominique Van Cappellen-Waldock - Fleur de Feu: A Fire Ceremony

Dominique Van Cappellen-Waldock
Fleur de Feu: A Fire Ceremony
ambient progressif – 36:10 – Belgique ‘22
Dominique Van Cappellen-Waldock est une chanteuse et guitariste bruxelloise d’origine anglaise. Elle a fait partie, entre autres, de Baby Fire, von Stromheim ou Veda. Soyez immédiatement prévenus: nous sommes ici au sein d’un album contemplatif qui nous offre un voyage spirituel dont Dominique elle-même nous dit ceci: «Fleur de Feu propose une performance musicale et une cérémonie du feu en souvenir des êtres chers que nous avons perdus au cours des confinements de 2020 et 2021, dont nous n'avons pas été autorisés à assister aux funérailles en raison des mesures de sécurité. En effet, sans ces rassemblements et cérémonies indispensables, il peut être difficile d'entamer le processus de deuil et on peut se retrouver avec un sentiment de vide, de colère et de tristesse». Aux guitares aériennes, on retrouve Teuk Henri, tandis que les mélodies de violon envoûtantes sont l’œuvre de Cécile Gonay et les percussions sont le fait de Déhà. Des concerts ont déjà eu lieu tandis que d’autres devraient suivre dans les mois à venir.
Cette musique est parfaite, selon moi, pour les longues soirées hivernales au coin du feu de bois. Préparez-vous!
Tibère

https://fleurdefeu.bandcamp.com/album/fleur-de-feu-a-fire-ceremony

https://www.youtube.com/watch?v=ShWqLfZaJsY

06/01/2023 : Steve Roach - What Remains

Steve Roach
What Remains
soundscape / ambient immersif – 70:23 – États-Unis ‘22
Pape de l’ambient spatial, coreligionnaire de Robert Rich (avec qui il a collaboré) et Jonn Serrie, il peut parfois paraître lénifiant, voire soporifique, ou a contrario offrir des paysages mélodiques tout en nuances propices à la méditation et à la construction de rêves éveillés révélateurs alchimiques de l’âme profonde. On pense ici surtout à son merveilleux «Quiet Music» dont la version complète comporte trois heures de musique cosmique. «Current of Compassion» nous immerge tout au long de ses 26 minutes dans une nébuleuse qui pourrait évoquer Klaus Schulze et ses séquenceurs «Floating». Le présent album présente un résumé de ce que Steve a exploré ces 40 dernières années. Quatre plages distinctes mais émotionnellement, et tout en finesse, connectées l’une à l’autre. On croise des ambiances inquiétantes cousines du dark ambient dans «Prometheus Passage» en vagues résonances de cathédrale. Immersif encore, «The Gone Place» invite la comparaison directe avec «The Green Place», partie intégrante et incontournable de «Quiet Music», en y ajoutant un franc rythme tribal. Rythme feutré doublé d’une basse obsédante tissée de quelques bruitages électroniques ombrageux. La quatrième plage, éponyme, retrouve une fois encore et pleinement les trips envoûtants de «Quiet Music». Inspiration proche du requiem, lamentation et acceptation des derniers souffles guidant à l’instant infini mû en parfaite circularité, selon les images évoquées par Sean Williams du New York Times. Un superbe album de Steve Roach s’il en est!
Clavius Reticulus
https://steveroach.bandcamp.com/track/what-remains
https://www.youtube.com/watch?v=81H-U1j5EnE

07/01/2023 : Epica - Live at Paradiso

Epica
Live at Paradiso
metal symphonique – 59:39+55:13 – Pays-Bas ‘22
Le 4 mai 2006, les Bataves d’Epica donnaient un concert événement dans la mythique salle du Paradiso à Amsterdam. Un DVD devait sortir pour immortaliser l’événement. Hélas, la faillite abrupte de leur label de l’époque, Transmission Records, entraîne inexorablement la fin du projet. Ce n’est que maintenant que celui-ci a refait surface, à la surprise générale et pour le plus grand bonheur des fans! En ce temps-là (cela fait très biblique, non?), le groupe était constitué de Simone Simons (chant), Mark Jansen (guitares et scream), Coen Janssen (synthé), tous les trois encore présents. La guitare lead était alors tenue par Ad Sluijter, la basse par Yves Huts et la batterie par Jeroen Simons.
Quelques invités ont également participé à la fête: Roy Khan (Kamelot) au chant sur «Trois Vierges», Jan Chris de Koeijer (Gorefest) scream sur «Consign to Oblivion» et Amanda Somerville assurait les chœurs.
Tous les titres emblématiques de cette époque figurent sur ce live (il serait fastidieux de tous les citer). Remarquons que le 6 novembre 2005, le groupe jouait en Belgique, à Antoing pour être précis, à l’invitation de TPE (Tournai Prog Event). Presque tous les titres joués à cette occasion se retrouvent sur cette production. Jusqu’à présent, je n’ai encore eu l’occasion de visionner le Blu-ray de l’événement, mais cela ne pourrait tarder.
Inutile de préciser que cette plaque est indispensable à tous les aficionados de cette époque du groupe!
Tibère
https://open.spotify.com/album/0cSFIq70TNkZvsqSfAQrXe
https://www.youtube.com/watch?v=5LHZ5KA6lH4

08/01/2023 : Steve Kilbey & Martin Kennedy - The Strange Life of Persephone Nimbus

Steve Kilbey & Martin Kennedy
The Strange Life of Persephone Nimbus
rock néo-progressif – 46:50 – Australie ‘22
Le samedi 3 octobre 1981, au «Tanelorn Music Festival», un adolescent, Martin Kennedy, découvre en avant-première «Who Can It Be Now?» de «Men at Work» qui sortira un mois plus tard. Puis c’est «Midnight Oil», déjà star nationale, qui monte sur scène pour jouer son album «Place without a Postcard», critique virulente du mode de vie oisif de leurs compatriotes qui passent leur temps à faire du surf et à bronzer à la plage… «Beds are Burning» ne sortira qu’en 1987.
Mais c’est sur Steve Kilbey et «The Church» que Martin se focalise (The Church dont le titre le plus célèbre est «Under The Milky Way»). Martin est tombé amoureux de leur look et de leur son. Il a enregistré leur set sur un baladeur, et les chansons ont contribué à déclencher le début de sa carrière musicale.
Leur première collaboration date de 2009 et perdure jusqu’à aujourd’hui. C’est ainsi que Martin et Steve se sont retrouvés une nouvelle fois pour travailler sur leur sixième album studio, «The Strange Life of Persephone Nimbus». Un album concept tentaculaire à la «Pink Floyd» qui scintille avec des courants musicaux d'une beauté sombre et des paroles effrayantes... Steve Kilbey et Martin Kennedy le présentent comme une suite de leur précédent album «Jupiter 13»; c'est donc le deuxième chapitre d'une éventuelle trilogie.
L'album a été enregistré en Tasmanie (aussi nommée «Île de l'Inspiration», en référence à son environnement naturel riche et préservé), dans un studio surplombant l'océan, paisible et calme comme du cristal un jour et sombre et orageux le lendemain, une dynamique qui a inévitablement fait son empreinte dans la musique et les paroles.
À ce propos, le deal est simple: Martin écrit la musique et Steve écrit les paroles. Le résultat est un équilibre efficace entre les airs obsédants et mélodiques de Kennedy et les paroles mystérieuses et pleines d'esprit de Kilbey.
Sinon, pour parler de la musique, disons que ce serait Lou Reed qui chante du Floyd…
Publius Gallia
https://kilbeykennedy.bandcamp.com/album/the-strange-life-of-persephone-nimbus
https://youtu.be/bA8H_siMOP4

09/01/2023 : DRH - Ode to a Firework

DRH
Ode to a Firework
jazz / metal / trash / progressif – 41:52 – France ‘22
Zut, encore une étiquette à la mords-moi le nœud pour les Lyonnais de DRH, mais c’est bien de cela dont il s’agit ici. Le groupe est composé de Danilo Rodriguez (guitare), Rémi Matrat (saxophone), Alexandre Phalippon (basse) et Josselin Hazard (batterie). Après un premier disque en 2018, «Thin Ice», voici nos compères qui nous apportent leur nouvelle offrande hautement recommandable si des rythmiques arithmétiques et des riffs bien métalliques ne vous effraient guère. Soulignons que le tout est encadré par des riffs au saxophone qui ne peuvent que me réjouir.
Il semble que le groupe a tourné en Allemagne avant même la sortie officielle de l’album. Je ne demanderais pas mieux que de profiter de leur musique en live: j’imagine le son encore plus puissant.
Ne fuyez pas à l’écoute de «B.Scott», titre d’ouverture de cette plaque, c’est bien du jazz classique qui s’imprime dans vos têtes. Mais rapidement la rythmique se fait plus lourde pour arriver à «Dips», bien heavy comme il se doit. Je dois reconnaître que chaque nouvelle audition de cette plaque me permet de découvrir des subtilités qui m’avaient jusqu’alors échappé. J’en veux pour preuve «Rage» dont l’introduction nous emmène planer tout là-haut, survolant des contrées arabisantes.
En tout état de cause, les fans de Panzerballett ne seront guère dépaysés par les musiques de haut vol concoctées par notre quatuor, bien au contraire.
Tibère
https://drhmusic.bandcamp.com/album/ode-to-a-firework
https://www.youtube.com/watch?v=wOtgvctNChk

10/01/2023 : Aliante - Destinazioni oblique

Aliante
Destinazioni oblique
crossover / rock progressif italien – 76:24 – Italie ‘22
Après 5 ans d'existence seulement, ce très récent quatuor issu du foisonnement italien nous propose un 3e album!
Aux 37 secondes d'un grand piano introductif en leurre répond un riff lourd façon Status Quo, accompagné d'un moog glissant qui nous propose le générique de «Mission impossible» et sa guitare! Baroque et puissante intro! Mais l'envolée de guitare qui suit et le synthé léger laissent entrevoir le meilleur du RPI. Un break nous fait ensuite parcourir des marais nappés de brume, où une Strat (?) propose un thème minimaliste qui enfle jusqu'à emplir à saturation ce marécage de 9:30 où se prélassent nos rêves. Superbe!
«Frammenti di un giorno»: une flûte sensible puis un synthé joyeux qui nous emballe, et quelques Arpégiator plus loin, le thème poursuit sa course sur une guitare solo tremolo très expressive.
«Home trip» Home Fripp: guitare soundscape, basse énigmatique, batterie souple, puis une sortie guitar hero assez loin du «vicaire» quand l'orgue liturgique vient en solo meubler l'église, Le Orme. La reprise, avec Leslie, comme un hymne RPI, joyeux, symphonique, propose en cascade des déclinaisons entêtantes de 30 secondes.
«Coda marea 04»: guitare réverbéré et violon tournoyant, sous des soli de moog. La rythmique puissante étoffe l'ambiance avant que la batterie ne parte pour 60 secondes de solo superflu. «L’ultimo riflesso»: Starless au synthé style vent. Prétexte à rêveries, avec son long solo incisif final. «La salita»: didgeridoo puis guitares, l'une solo jazz rock, l'autre wah-wah! Baroque? Les modulations extrêmes du moog en opposition. Et de nouveau cette belle guitare solo qui jaillit comme la lumière reprenant le thème. Le moog se fait nasillard, la batterie roule seule, les divagations se font plus nombreuses et extrêmes.
«Tra cielo e terra». Tablas et synthé vaporeux. Puis viennent un fond de claviers et la guitare solo, sceaux de la «façon» d'Aliante.
Album instrumental de très haut niveau, varié avec des clins d’œil, vintage aussi parfois: vive Aliante, vive le RPI!
Cicero 3.14
https://mellowlabelproductions.bandcamp.com/album/destinazioni-oblique

https://www.youtube.com/watch?v=vmX0pqVw1xc

11/01/2023 : Silver Nightmares - Apocalypsis

Silver Nightmares
Apocalypsis
Crossover / Metal / AOR / Vintage – 45:50 – Italie ‘22
Autant le dire de suite, je ne suis pas fan du métal prog. Notre Centurion le sait bien, mais il sait aussi mon inclination pour le prog italien. Ceci pour expliquer à nos lecteurs, que, chroniquant dans notre domaine d'affinité, il ne faut pas qu'ils s'étonnent que la moyenne de nos notes soit plutôt élevée (CQFD).
Alors, quand il m'a proposé ce premier LP d'un jeune groupe sicilien plutôt métal, j'ai craint de mettre trop de nuages entre ma cotation et la voie lactée.
Mais, dès l'intro «SapHiens», j'ai été assez séduit pour poursuivre l'écoute et en faire une chronique. Car ce groupe qui revendique des influences allant de Genesis à Judas Priest, en passant par Asia, Styx, Kansas, JethroTull, Anathema, Marillion, Dream Theater, Toto... (et j'ai écourté, il y avait certainement un raton laveur aussi), propose une musique intelligente: ils possèdent tous les codes du genre et nous les servent avec talent; mais ils vont au-delà. L'intro m'a fait un peu penser à du Deep Purple, mais ensuite cela se complique, question influences perçues, et pour cause, ils font dans la délicatesse avec leurs ajouts d'épices étonnants et détonants: sitar, flûte, trompette, harpe, plus une pincée d'Orient... celtique. Si, si.
Après avoir déjà proposé un 1er EP, ce 1er LP, concept album en 11 pièces, contient de belles compositions, parfois musclées mais jamais dans l'excès; le dosage est parfait. Les soli de guitares (Emanuele Lo Giudice et Mimmo Garofalo) sont incisifs, le chant (en anglais, de Michele Vitrano) est puissant et expressif, les chœurs judicieux, la rythmique (Gabriele Esposito, basse, et Alessio Maddaloni, batterie) est inventive et booste, les claviers (Gabriele Taormina) apportent une grande richesse harmonique. Ces 3 derniers, membres fondateurs en 2018, n'ont plus qu'à transformer ce premier LP en succès. Je leur souhaite, et j'espère les voir bientôt sur scène!
Le vrai sens d'apocalypse: révélation!
Cicero 3.14
https://silvernightmares.bandcamp.com/releases
https://www.youtube.com/channel/UCdtStyxisWiDspMrVGnOGag

12/01/2023 : Onségen Ensemble - Realms

Onségen Ensemble
Realms
rock progressif / psychédélique – 40:24 – Finlande '22
Si vous vous souvenez de la chronique élogieuse de Tibère au sujet de l’album précédent de cette formation finlandaise (pour rappel: http://www.progcensor.eu/2021-mars.html#8erM44y7), vous en déduirez ainsi qu’il s’agit de leur 4e album. Le line up a quelque peu changé mais je ne m’attarderai pas trop sur cela, si ce n’est qu’il s’agit toujours d’Esa Juujärvi et Merja Järvelin au chant, accompagnés d’une chorale sur «The Ground Of Being». À part l’ajout d’un didgeridoo et d’un ocarina, les instruments sont quasi les mêmes que sur l’album «Fear» classé numéro un dans mon top de l’année 2021!
L’atmosphère de «Realms» s’avère différente (ce qui est audacieux et très appréciable) mais tout aussi agréable. On se retrouve entre musique de film western spaghetti et musique psyché seventies mais ce n'est pas tout. Sur le seul titre de dix minutes que vous pouvez écouter sur Bandcamp, «Naked Sky», on entre dans un univers cinématographique; s’ensuivent des chœurs un peu à la Magma, des cordes élégantes, des chants masculins monastiques, et même du post-rock ténébreux. On se laisse bercer sur les murmures de «Abysmal Sun» qui me rappellent l’envoûtant «Conquest of Paradise» de Vangelis, mais, au milieu du titre, revirement musical avec du post-rock, de la trompette et d’autres aspects. C’est surtout sur «Collapsing Star» que nous nous retrouvons en pleine période «peace and love». Et sur «I’m Here No Matter What», vous aurez même droit à quelques secondes de jazz… Vous l’aurez compris, c’est un album bien diversifié tel qu’il me plaît!
La Louve
https://onsegenensemble.bandcamp.com/album/realms
https://www.youtube.com/watch?v=1dMjnkXNapM

13/01/2023 : 25 Yard Screamer - Nemesis

25 Yard Screamer
Nemesis
rock néo-progressif – 50:14 – Royaume-Uni ‘22
Trio basé au Pays de Galles, Royaume-Uni, fondé en 2002 par Nick James (chant, guitares), Matt Clarke (basse) et Donal Owen (batterie).
Son nouvel opus, «Nemesis», huitième album de sa discographie, à la pochette épique, privilégie un néo-prog très personnel, que l’on pourrait rapprocher de Marillion période Hogarth. Le groupe propose des titres se voulant pleins d’émotions à fleur de peau, d’atmosphères envoûtantes et enivrantes. Nick James incarne les textes, avec beaucoup de conviction, tandis que l’auditeur se laisse immerger avec douceur dans une musique travaillée tout en subtilité, où les guitares rock sont toujours en embuscade.
La musique de «25 Yard Screamer» est plus construite sur des lignes atmosphériques à tendance psychédélique que sur de longs développements instrumentaux, le titre le plus long dure 8:57. Notez que vous pourrez, au détour d’une chanson, découvrir des soli de guitare relativement élaborés.
Que dire de plus?
Les compositions sont propres, nettes, bien enregistrées. Le mixage est parfait. Les constructions mélodiques sont classiques (intro douce, souvent à base d’arpèges avec montée en puissance progressive) et d’une interprétation excellente, mais la tension initiée, ressentie et entretenue à l’écoute de chaque titre, éprouve beaucoup de difficulté à trouver sa délivrance. Une mention spéciale pour «Giving Away My Last Secret», plus rock et entraînant.
Malgré tout, globalement, il manque cette étincelle, ce petit plus qui mène à une conclusion musicale en forme d’apothéose. Le groupe reste dans son registre (sa signature?) et ne sort pas de sa zone de confort comme il me semble l’avoir fait (un peu plus) dans l’album précédent «Natural Satellite».
Dans la rubrique «néo-prog anglais», Arena, Pendragon et IQ restent intouchables sur le podium des représentants du genre.
Publius Gallia
https://25yardscreamer.bandcamp.com/album/nemesis
https://www.youtube.com/watch?v=oChdZ3CkURU

14/01/2023 : Compro Oro - Buy The Dip

Compro Oro
Buy The Dip
jazz psychédélique – 34:49 – Belgique ‘22
Il y a une infinité de dosages possibles dans la fusion d’éléments – ici, le jazz et le psychédélique – et Compro Oro, collectif belge (fondé à Gand en 2014), creuse, dans ce cinquième album, une veine émancipée du défrichage de Miles Davis, époque «Bitches Brew» (un de ses excellents albums, datant de 1970), mêlant sons psychés (manipulés avec les moyens actuels, synthétiseurs et effets électroniques) et grooves jazz, promenant l’inspiration dans des contrées plus ou moins exotiques – la couleur du vibraphone exploite ce penchant, joliment associée au timbre de la guitare électrique –, avec un petit air (entraînant, par exemple dans «Dungeon») de musique de film des années 60. Le titre de l’album «Buy The Dip», et deux de ses chansons dérivent directement de la réflexion de Wim Segers – il compose au piano ou au vibraphone avant de livrer les morceaux aux arrangements, plus électrifiés, du groupe – face au phénomène des cryptomonnaies, au fond si peu révolutionnaires, indigents amplificateurs de profit dans un espace capitalistique axé sur le dérisoire plaisir du gain et de la dépense.
Auguste
https://compro-oro.bandcamp.com/album/buy-the-dip
https://www.youtube.com/watch?v=hJM_j-VmAUU

15/01/2023 : Jacob Holm-Lupo - Entire of itself

Jacob Holm-Lupo
Entire of itself
ambient / new age / guitare – 51:21 – Norvège ‘22
Pas grand-chose à voir avec White Willow ou Opium Cartel, groupes dans lesquels notre Norvégien a sa place de principal compositeur. Je me force à réécouter cette galette composée d’un seul et unique morceau en deux parties enchaînées sans transition et qui débute par des bruits de rames propulsant une barque sur l’horizon événementiel d’ambiances douces et parfois bien glauques. Au cours de ce trip très peu homogène dans sa linéarité, notre musicien caresse sa guitare qui parfois prend des accents floydiens colorés de perles d’échos. Ce qui agace surtout, et qui plus est n’apporte rien du tout, sont ces récitatifs dialogués plus ou moins feutrés dans cette langue qui, pour le néophyte, rappelle des sonorités du pays de Vondel. Ces interventions très malvenues font littéralement tache sur l’opus qui, travaillé sous un autre angle qui eût privilégié les moods ambient, aurait pu se montrer intéressant. Les bruitages incessants (vagues, récitatifs, bruits divers, voix fantomatiques féminines) cassent le trip (entre autres choses) et font de l’album une marmelade d’insipide, d’incolore et d’inodore, un peu comme si le guitariste cherchait non-stop l’inspiration pour un éventuel moment suivant. On l’aura donc compris, ceci ne s’adresse ni aux amateurs de trips progressifs ni à ceux qui aiment le genre susmentionné. Anecdotique tout au plus. J’en suis toujours à me demander ce que l’artiste a voulu prouver dans son délire et s’il a même voulu exprimer quoi que ce soit.
Clavius Reticulus
https://jacobholm-lupo.bandcamp.com/album/entire-of-itself
https://www.youtube.com/watch?v=OyLBjq6rwTE

16/01/2023 : The Steve Bonino Project - Pandora

The Steve Bonino Project 
Pandora
rock progressif moderne – 39:39 – États-Unis ‘22
C’est plus précisément de Californie que nous arrivent The Steve Bonino Project avec leur troisième album. Il s’agit ici d’un concept inspiré de la peinture mythologique de Jean Cousin créé en 1550. Pandora était, dans la mythologie grecque, la première femme humaine. Comme Eve dans la religion, elle personnifie la curiosité et est responsable de la chute de l’être humain. Dans cette œuvre, Steve Bonino chante, joue des guitares, des basses, des claviers et de la programmation des parties de batterie. Il se fait néanmoins aider de Shimmer Johnson au chant sur une piste ainsi que par Erik Johnson à la guitare sur une autre.
Un piano délicat et des voix enchanteresses nous accueillent sur «Eva Prima Pandora». Les hostilités débutent réellement avec «The Three Fates». La voix de Shimmer montre toute l’étendue de son talent sur «My Name Is Pandora» tandis que «The Pipes of Pan» nous entraîne dans un monde enfantin. «Origin Story» commence par des accords au clavier typiquement progressif. «Do You Believe» nous permet d’entrer de plain-pied dans une église avec le chant gospel qui l’accompagne. Mais voilà qu’il est temps de se quitter sur un «Of Gods and Men» très agréable.
En définitive, faites votre propre idée en l’écoutant sur Bandcamp!
Tibère
https://thesteveboninoprojects.bandcamp.com/album/pandora
https://www.youtube.com/watch?v=oO1EnhKs6C4

17/01/2023 : King Buffalo - Regenerator

King Buffalo
Regenerator
post stoner psyché – 43:48 – États-Unis ‘22
King Buffalo, groupe psychédélique teinté Pink Floyd et Ufommamut, formé en 2013! Alternatif-grunge développant un son fait d’overloops entre douceur et attaques vrombissantes, le truc grandiloquent venant des plaines américaines d’où le vent ne s’arrête pas; rock psyché bourrin, cosmique, progressif à la The Spacelords, réinventant le genre pour courir nu au milieu de Sean, Dan et Scott.
«Regenerator»: planant, doux avec percussions passant au stoner light; voix pouvant rappeler celle d’Ozzy; basse présente et la guitare naviguant, vibrante; morceau envoûtant amenant «Mercury» sur une base rapide, comme un flot provenant d’un ruisseau juste après une averse; un peu distordu, envahissant en montée. «Hours»: sur la même lignée avec le mur de guitares imposant un son fort et tenu, où la basse montre sa force de frappe, break spatial avant le final endiablé. «Interlude»: pour la vibration psyché, un heavy Pink Floyd réverbérant avec Sean qui donne de la voix, pause avant d’attaquer «Mammoth» qui repart sur le premier titre, latent, Sean collant avec le chanteur des Black Sabbath; malsain, rétro, tout en finesse et hypnotique; le solo guitare qui tue, bluesy, heavy, gras, sur Smashing Pumpkins et Monster Magnet. «Avalon»: aérien, monolithique, déclinant une atmosphère claire, des notes en cascade puis la montée évidente avec overloop spatial; deuxième montée avec riff amenant au firmament stoner éthéré. «Firmament»: montée organoleptique de sons, feu de braises soufflant dans le désert; la guitare survient et donne du relief; intense et tenace, le riff semble exploser, le solo gicle, sensation orgasmique; la seconde montée met en transe, envie de balancer sa chaîne contre les murs et renvoyant quelques instants aux lignes de «The Burden».
King Buffalo, trio heavy-bluesy-stoner dont les notes entraînent loin. Ils créent une empreinte sonore intense, de la boue musicale glorifiante, des crescendos où vibrations s’allient avec effet tourbillonnant et fuzz tonitruant; cet album est le 3e créé suite à la pandémie et tape dans la fourmillère.
Brutus
kingbuffalo.bandcamp.com/album/regenerator
https://youtu.be/u30ykqFYkS4

18/01/2023 : Michael Brückner - Umkehrpunkt

Michael Brückner
Umkehrpunkt
electronica / ambient – 76:32 – Allemagne ‘22
De multiples paysages sonores construisent l’œuvre de Brückner. Cela va de l’ambient spatial à coloration parfois expérimentale à la Berliner Schule très nuancée par une approche bien personnelle du style. Pas trop de comparaison possible avec les ténors du genre comme Tangerine Dream ou Klaus Schulze. Ce «tournant» (traduction du titre) n’est probablement pas la direction souhaitée par les amateurs de ceux que je viens de citer. Notre compositeur est malin et il sait que Bandcamp est piraté à souhait (moi aussi... je le sais et je suis piraté) et donc, il réserve la plage «bonus» la plus longue («Return to Purjah», plus de 35 minutes) à qui achète l’œuvre présente qui ne serait, sans cela, qu’un EP. «Morgenstimmung» allume des chœurs angéliques qui nous entraînent dans des contrées où le Rêve est Roi. La première et la troisième plages ont été éditées sur YouTube et sont le fruit d’improvisations; seule la deuxième est inédite. Cette «nuit agitée (Raunacht)» l’est surtout par de mauvais rêves. Une inquiétante suite glaciale dans une nuit temporelle secouée par les vents cosmiques du désespoir et de la grande Absence. Le troisième morceau, éponyme, peut évoquer les ambiances feutrées et sidérales de TD. Glissements oniriques ponctués de phrasés synthétiques lumineux suivis de séquenceurs feutrés agissant en trame de basses. On retrouve un peu la tangerine, juste un peu, dans son créneau «bande originale de film». Quant à la quatrième plage, «cachée sur Bandcamp», elle pèche sans doute par sa linéarité un peu lénifiante à partir de la 16e minute, malgré son surprenant côté orientalisant suivi de séquenceurs empreints de l’école de Berlin. Une revisite de «Purjah» qui figure sur l’excellent album «Eleventh Sun» (disponible en «revisited») agrémentée de nouvelles sonorités, dixit l’auteur. Au final, un bon album, mais je vous invite à explorer les autres avant de faire votre choix si vous ne deviez en acquérir qu’un seul.
Clavius Reticulus
https://michaelbrueckner.bandcamp.com/album/umkehrpunkt
https://www.youtube.com/watch?v=YBpONS7kxDg

19/01/2023 : Odessa  - L’Alba della Civiltà

Odessa 
L’Alba della Civiltà
rock progressif italien musclé – 45:31 – Italie ‘22
Avec un album par décennie (sauf pandémie, d’où le retard?), voici le très attendu 3e LP d'Odessa. Ce quatuor né en 1998 s'est fait quintet avec l'arrivée de Gianluca Milanese qui solifie la délicate intro: une flûte en chantier, qui vient parfaire l'édifice conçu par Lorenzo Giovagnoli qui, derrière ses claviers, nous offre toujours CETTE VOIX. Le reste du groupe est stable depuis plus de 10 ans: Giulio Vampa (guitares), Valerio de Angelis (basse) et le fantasque Marco Fabbri derrière son «kilt» de batterie 😉).
«Invocazione» en 2nd, sur une rythmique classique, avec cette nouvelle flûte se donne des airs de JethroTull, sauf que LA voix de Lorenzo commence à imprégner la création, ses vocalises quasi féminines qui s’aggravent par une sorte de jodle, pour mieux repartir proche de la partie créée par Clare Torry dans «Great Gig in the Sky» sont une pure merveille! On ne peut, dès lors, que penser que l'invocation a été faite à Demetrio Stratos, regretté chanteur charismatique d'Area! Rien de moins.
«Di buoi e luce parte 2»: Lorenzo intimiste nous susurre une chanson avant que sa voix ne décuple de puissance pour nous hérisser d'émotion!
Le morceau titre, qui ramène a un rock guitare/Hammond, puis rythmé par Angelis, Fabbri et un Rhodes, avec ses voix superposées, est magnifique.
«L'Organista del Bosco»: instrumental entraînant avec son Hammond sautillant pendant une longue digression. Rattrapé par la flûte, qui reprend la mélodie avant une fin chorale à la Uriah Heep.
«L'Anno, il Posto, l'Ora 1972»: après une intro en arpège, la belle opposition entre la voix douce de Lorenzo et la guitare rockeuse vire en une sorte de mantra negro spiritual, «yesterday is gone». Puis le rock reprend ses droits avec l'orgue et le power trio. Quand tout s’apaise, les arpèges et la voix nous accompagnent vers le riff negro spiritual final!
«Rasoi»: orgue et organe de Lorenzo louchent vers Deep Purple. Vampa solifie itou. Et la flûte se fait «tullienne». Jouissif!
8 pistes pour un album indispensable!
Cicero 3.14
https://odessazone.bandcamp.com/album/lalba-della-civilt
https://www.youtube.com/watch?v=Og6E7LwHPBU

20/01/2023 : Birth - Born

Birth
Born
stoner progressif – 41:31 – États-Unis ‘22
Birth n’est pas à proprement parler un nouveau groupe puisqu’il était auparavant connu sous le patronyme Astra et nous vient de San Diego, en Californie. Le groupe est composé des ex-Astra (en ce qui concerne les deux premiers noms en tout cas): Conor Riley (chant, guitare, claviers), Brian Ellis (claviers), Trevor Mast (basse) et Paul Marrone (batterie).
Le titre «Born», purement instrumental, mélange des sons d’orgue et une basse énorme dans un univers rétro-progressif. Plus loin, Birth enfonce le clou avec «For Yesterday» malgré un chant qui tarde vraiment à décoller. Il s’enchaîne admirablement avec la plage instrumentale «Cosmic Tears». «Another Time» calme quelque peu le jeu avec son tempo très doux avant l’explosion. C’est avec un titre plus saccadé, «Long Way Down», que prend fin notre écoute de cette belle plaque.
Si le stoner à tendance progressive est votre came, n’hésitez donc pas à reprendre une bonne dose, ce qui vous permettra sans doute d’oublier les temps particulièrement difficiles que nous vivons actuellement.
Tibère
https://birthprog.bandcamp.com/album/born
https://www.youtube.com/watch?v=XVLfowcuUSI

21/01/2023 : Comedy Of Errors - Time Machine

Comedy Of Errors
Time Machine
néo-progressif mélodique – 51:21 – Royaume-Uni ‘22
Comedy Of Errors a été formé à Glasgow (Écosse), en janvier 1984, par Joe Cairney (chant), Jim Johnston (claviers), John MacPhee (batterie), Mike Barnard (guitares) et Steve Stewart, assez vite remplacé par Mark Spalding (basse).
Nos musiciens n’ont pu se faire une place dans la profusion d’émergences de qualité de ces années-là et de ce terreau-là…
Dissous vers 1990, reformé en 2011, le groupe est devenu sextet (deux guitares) et il présente son cinquième album, Time Machine, qui évoque les différents aspects du temps, qu’il s’agisse de la gestion des souvenirs ou de l’appréhension du futur…
Les coups d’œil historiques sont nombreux, marqués et variés, qu’ils soient en direction de savants, de musiciens («Lost Demigods») ou d’écrivains («Time Machine»).
Tous les titres ont été composés par le claviériste Jim Johnston, tandis que le mixage et le mastering ont été assurés par Rob Aubrey (Big Big Train, IQ, Jadis, Threshold…). C’est un album qui devrait ravir tous les amoureux des quatre-vingt-huit touches noires et blanches. La section rythmique n’est pas en reste et s’exprime de manière affirmée tout au long de l’album, avec une parenthèse remarquable durant laquelle la basse est mise en valeur («The Past Of Furure Days»), qui pourrait être un modèle d’exercice pour débutant comme l’a été la «Bourée» pour moi. Pour terminer le tour d’horizon des instruments utilisés, sachez que les solis de guitares sont lumineux et cristallins.
Le CD bénéficie d’un bonus «live» (le titre «Disobey» joué au RosFest USA en 2016) qui rappelle, s’il le fallait, que Comedy Of Errors est avant tout un grand groupe de concert, trop rarement vu sur nos terres.
Si vous avez loupé, à Glasgow, l'événement caritatif «Prog Before Xmas» du 26 novembre avec en plus de Comedy Of Errors, Ali Fergusson, Alan Reed et Abel Ganz… offrez-vous un billet pour mars 2023 (pour Londres, Abingdon, ou Southampton…)
Publius Gallia
https://comedyoferrors.bandcamp.com/album/time-machine
https://www.youtube.com/watch?v=UclhaeO-M4M

22/01/2023 : Jack Hertz - Time Jewels

Jack Hertz
Time Jewels
spatial / ambient – 67:52 – États-Unis ‘22
Inspirée des découvertes de l’espace profond par le télescope spatial de James Webb, la musique de Jack nous entraîne dans un voyage sidéral parmi ces joyaux du Temps, puisque explorer le cosmos, c’est effectivement voyager dans le Temps. Nous voici au pied des falaises de la Nébuleuse de la Carène, à 7500 années-lumière de notre planète. Musique des sphères, tout en nuances qui évoquent la beauté des gemmes scintillantes d’une pouponnière de mondes possibles. On pense aux ambiances tangeriniennes dépourvues de séquenceurs et on se laisse envelopper par les nuances moirées de mille reflets d’Infini. «New Deep Field» s’enfonce encore plus loin à plus de 4 milliards d’années-lumière au sud de la constellation australe du «Poisson Volant». Vertige! La musique demeure sidérale et glisse sur ces éclats lointains de lumière spectrale. On est captivé, envoûté, porté dans le Temps vers ces astres certainement éteints depuis longtemps et la magie de Jack les fait revivre au sein de notre âme transcendée. Toujours plus proche de la naissance de l’Univers, pas loin du Big Bang, description mélodique de la galaxie «Maisie» en formation. On peut presque toucher des sens ces miroirs d’Éternité. Sublime magnificence cosmique, plongée de plus en plus profonde vers les origines de la Vie. La musique de Jack est comme une caresse de vents solaires. À 489 millions d’années-lumière se trouve la belle «Roue de Chariot», une galaxie qui lui inspire une cascade de notes éclatées en échos impalpables. Et je vous laisse découvrir les autres contrées de l’espace en sa compagnie. Toutes ces peintures mélodiques sont autant de portails vers l’Infini, une excursion multidimensionnelle aux origines de l’Univers. «Aural Films» est un label en ligne qui produit des musiques de films… qui n’existent pas. On le retrouve sur Bandcamp. Ne vous égarez pas dans les méandres de l’Espace-Temps.
Clavius Reticulus
https://jackhertz.bandcamp.com/album/time-jewels
https://www.youtube.com/watch?v=ytKZFyPIo0s

23/01/2023 : Big Rooster Jeff - The Good Notes

Big Rooster Jeff
The Good Notes
punk progressif – 36:22 – Royaume-Uni ‘22
En tout cas, c’est de cette manière que se définit le trio composant Big Rooster Jeff, à savoir Max Jones (guitare, chant), Reuben Jones (claviers) et Patrick Spillane (batterie et percussion). On sent en effet une certaine urgence dans le propos musical (pensez donc: 8 titres pour à peine 36 minutes, si ce n’est pas une attitude punk, j’ignore ce que c’est), mais le progressif n’est évidemment pas absent de cette étonnante production.
«For All Eyes to See» est, d’entrée de jeu, assez enlevé, très vite suivi par un «Growingboi» tout aussi pressé d’en découdre. «Hallelujah (16 songs)» s’avère également le plus long titre et le plus catchy, voire presque pop. Une belle introduction pianistique, c’est ce qui vous attend avec «Zesty Jam» et ses envolées progressives. La plage titulaire, enregistrée en concert, montre toute l’urgence que peuvent dégager nos compères une fois sur scène (je suis curieux de les voir à l’œuvre, d’ailleurs). Mais je ne vais pas vous passer en revue tous les titres de cette curiosité, je préfère vous les laisser découvrir sur leur page Bandcamp et vous faire votre propre opinion sur l’affaire.
Tibère
https://bigrooster-jeff.bandcamp.com/album/the-good-notes
https://www.youtube.com/watch?v=A0G81Cjgj_0

24/01/2023 : Reale Accademia di Musica - Lame di Luce

Reale Accademia di Musica
Lame di Luce
pop / rock progressif italien – 49:14 – Italie ‘22
RAM avec son album éponyme en 1972 laissait espérer une trajectoire comme celle de PFM, Banco ou Le Orme. Pour leur second album, un an plus tard, changement de nom, un nouveau guitariste Monteduro pose son nom devant RAM. L'album est moins bon, et le groupe splitte. Ce même Monteduro reprend le nom et sort 2 albums en 2008, 2009... loin de l'original. En 2013, une grande partie de la RAM originale sort un album loin aussi du niveau initial. Cette même année, Pericle Sponzili, guitariste du premier album sort «La Cometa» des enregistrements qui datent de 1974, enregistrés avec quelques collègues de l'époque, et remonte RAM autour de nouveaux musiciens avec lesquels il sort l'album «Angeli Mutanti».
Voici la seconde production de ce nouvel ancien groupe. «Lame di Luce». 10 nouveaux morceaux que, à la première écoute, j'ai qualifiés de «variété», désappointé même si je n'espérais pas vraiment du RPI flamboyant. Cependant ma conscience «professionnelle» m'impose a minima une seconde écoute, et là (ainsi que pendant les autres) je me rends compte de mon erreur. Certes, la chanteuse, Erika Savastini, est très présente, mais pousse avec talent la chansonnette, et cet aspect urticant m'avait masqué l'essentiel: les mélodies sont, pour la plupart, imparables et servies par une kyrielle d'instruments aux couleurs parfois vintage (Floyd, ELP, Genesis) et parfois plus actuelles. Le RPI a souvent été proche de la chanson, ici ce serait presque l'inverse! Le paysage sonore produit est très plaisant. Laissez-vous tenter, car dès l'entame, «Onde di Sabbia», vous apprécierez le climat créé. Puis faites-vous les pistes de 6 à 8. Oubliez tout et revenez-y dans 2-3 jours, et écoutez l'album entier... Vous y serez comblés.
Alors, même si ce cinquantenaire ne nous éblouit plus de la même aura, ces «raies de lumière» sont un excellent moment d'une musique directe et accessible sans être facile, et aux mélodies persistantes.
Cicero 3.14
https://open.spotify.com/album/2RkzYVaJ22bCfJUaZqFnVi
https://www.youtube.com/watch?v=CAPR4A9aB70

25/01/2023 : PoiL Ueda - PoiL Ueda

PoiL Ueda
PoiL Ueda
rock in opposition – 31:15 – France ‘23
Deux compositions se partagent ce court album de PoiL Ueda, joint-venture entre le groupe français de rock avant-gardiste (PoiL) et la chanteuse japonaise joueuse de satsuma-biwa – un luth traditionnel à manche court et en forme de poire – (Junko Ueda). Il est difficile de ne pas se laisser captiver (on y glisse comme un piston huilé dans son cylindre) par le chant monodique de «Kujô Shakujô», chant shōmyō (ancien chant bouddhiste introduit au Japon par des missionnaires de retour de Chine avant d’y vivre sa propre évolution), censé éloigner les mauvais esprits (et les coronavirus), première moitié du disque, en trois mouvements, où la partie instrumentale, tout au service de la voix, rappelle instinctivement les essais de Brian Eno & David Byrne sur le tribal et innovant «My Life In The Bush Of Ghosts» de 1981. Avec «Dan No Ura» (deux mouvements), qui parle de la bataille navale éponyme qui met fin, en 1185, à la guerre civile de Gempei, les accents rudes et tumultueux de PoiL reprennent l’avantage, alors que le chant délaisse sa sensualité grave pour une confrontation rugueuse, à la fois belliciste et mystérieuse.
Auguste
https://poil.bandcamp.com/album/poil-ueda
https://youtu.be/uYajm2_npu0

26/01/2023 : Yesterdays - Saint-Exupéry álma

Yesterdays
Saint-Exupéry álma
rock symphonique – 60:13 – Hongrie-Roumanie ‘22
Quatre ans après «Senki madara» (2018), les Hongrois de Yesterdays sortent leur 4e album. Le sextet fait, en fait, partie de la minorité hongroise de l’ouest de la Roumanie (Transylvanie)…
Cette nouvelle œuvre, dont une partie a été enregistrée en Belgique, apparaît comme un concept album, qui aborde la célèbre histoire du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry (à qui est dédié le titre de l'album) et plus particulièrement son accident d'avion dans le désert libyen en 1935.
L'album commémore également la vie de leur claviériste Enyedi Zsolt, décédé avant la sortie de l'album. C'est son inspiration qui a suggéré le concept de l'album centré sur «le rêve de Saint-Exupéry». Ainsi, l'album devient en même temps une sorte d'allégorie de sa mort.
Pour une dernière fois ses sons de synthé prennent vie avec le titre «A méreg» qui vient d'une ancienne jam session formant le noyau de cette composition.
Les pièces longues (six des neuf titres durent plus de 6:30), les thèmes récurrents, le jeu instrumental virtuose, les changements sophistiqués de rythmes et les fugues vocales sont les caractéristiques enchanteresses de la musique de Yesterdays.
La sonorité particulière vient avant tout de son authenticité par l'utilisation exclusive de véritables instruments contemporains tels que Moogs, Mellotrons, Hammond, piano et flûte.
Les paroles, en hongrois, sont portées par des voix féminines et masculines. La flûte et les accords complexes de guitare électrique et acoustique sont parfaitement agencés. La manière complexe dont tout se mélange bien et fonctionne de manière si naturelle montre la quantité de temps et d'efforts qui ont été consacrés à la création de cet album. À ce titre, il faut écouter la pièce maîtresse, «Esőtánc» (plus de 20 min).
Ne vous arrêtez pas aux réminiscences des Yes et Genesis qui influencent fortement la musique du groupe pour l’écarter de votre discothèque. Vous pourriez le regretter.
Publius Gallia

https://yesterdaysband.bandcamp.com/album/album-saint-exup-ry-lma-2022

https://www.youtube.com/watch?v=qx08rXa65X4

27/01/2023 : Fleesh - Home Again (A Tribute to Pink Floyd)

Fleesh
Home Again (A Tribute to Pink Floyd)
rock progressif – 1:58:32 – Brésil ‘22
Fleesh, duo fondé en 2014 par Gabby Vessoni et Celo Oliveira, connu surtout pour leurs reprises des groupes Renaissance, Rush, Marillion (que j’avais déjà écouté pour voir), Genesis en 2020 et présentement Pink Floyd. 4 albums originaux et leur 11e tous confondus pour revivre les titres les plus emblématiques des «Flamants Roses», c’est parti.
Des titres pris de «The Dark Side», «Wish You», «The Wall», «Animals», «Atom», des titres B-sides, «The Division» où la sonorité renvoie aux Karnataka et autres Mostly Autumn, «Obscured», «More», «The Final», «A Momentary», bref tout ce qu’il faut pour pouvoir réviser un tantinet. À noter que deux morceaux monstres, «Dogs» et «Shine on You Crazy Diamond», égayent l‘album de leur longueur et de la qualité des reprises; Gabby est bien l’attraction insufflant un air nouveau avec sa voix comme sur «High Hopes» et Celo étonne à reprendre tous les instruments en copier/coller des fois, en pure recherche et digression d’autres fois.
Fleesh n’a pas que repris Pink Floyd, il l’a façonné pour laisser vagabonder notre esprit musical à rechercher les similitudes et différences d’avec les titres originaux, en sachant que la voix de Gabby m’a fait penser, de-ci de-là, à celle d’Anneke. Bref, une agréable digression en fait.
Brutus
https://fleesh.bandcamp.com/album/home-again-a-tribute-to-pink-floyd
https://youtu.be/9C186BTP_5g

28/01/2023 : Dave Kerzner - The Traveler

Dave Kerzner
The Traveler
rock progressif – 41:59 – États-Unis ‘22
Dave Kerzner est loin d’être un inconnu dans le microcosme du prog. Cela fait plusieurs années que le claviériste et producteur américain roule sa bosse, que ce soit en solo ou en association avec d’autres. Depuis le début des années 90, il a non seulement fondé sa propre société d’engineering mais a multiplié les collaborations en tant que producteur ou musicien avec des artistes tels que Jon Anderson, Madonna, Keith Emerson ou encore Ringo Starr.
En 2010, il fonde le groupe Sound of Contact avec Simon Collins (le fils de) qui sortira en 2013 un seul et unique album, «Dimensionaut», d’excellente facture. Après le split de SOC, Kerzner recycle le matériel avec un nouveau groupe, In Continuum, dont j’ai eu le plaisir de chroniquer les deux albums sur cette même page en mai 2019 et mars 2020. Son parcours n’est toutefois pas exempt de faux pas, à l’instar du pénible album de Arc of Life (que j’ai également chroniqué en avril 2021) qui, outre Kerzner, rassemblait Billy Sherwood et Jon Davison en mal de Yes.
Voici qu’il nous présente ici son troisième album solo après «New World» sorti en 2014 et «Static» sorti en 2017. Un mot d’abord du casting: il est royal avec la présence notamment de l’inévitable Marco Minnemann, Nick D’Virgilio, Billy Sherwood, Jon Davison, Heather Findlay, Steve Hackett, Durga McBroom (remember la choriste ayant accompagné Pink Floyd en tournée en 1988 et 1994) et même l’inénarrable Francis Dunnery (ex-It Bites); excusez du peu!
L’album commence gentiment en installant un climat très proche du Genesis de la charnière des seventies et eighties. Les compositions sont très soignées et la voix de Kerzner rappelle souvent celle de Ray Wilson. Les morceaux «Ghostwritten Fables» et «A time In Your Mind» n’auraient pas dépareillé sur «Calling All Stations», par exemple.
Mais l’album prend une autre tournure dès le 5e morceau: en effet, le bref «Here and Now Part One» introduit la perle de l’album «Better Life». Mais surtout, les titres suivants s’enchaînent, donnant le sentiment d’avoir un morceau cohérent entre le 5e et le 9e morceau. Le second court intermède nous plonge vers «Feels Like Home» dont la mélodie imparable et les harmonies vocales rappellent Yes, avant de nous précipiter dans le final «Here and Now Part Two» que l’on croirait tout droit sorti de sessions de «Duke» mais remis au goût du jour. Une vraie réussite!
En conclusion, un album sans prétention mais qui vous offrira un peu plus de 40 minutes de musique qui vous donnera le sourire et ravira vos oreilles.
Amelius
https://sonicelements.bandcamp.com/album/the-traveler-standard-edition-hi-res-24bit-96k
https://www.youtube.com/watch?v=JzlOv57uu4k

29/01/2023 : Cratophane - Cratophane

Cratophane
Cratophane
rock in opposition / zeuhl – 42:43 – France '22
Le trio Cratophane nous arrive de Rennes et pratique un mélange de zeuhl, de RIO et d’expérimental.
Ne parlons pas du titre «Intro», trop anecdotique. La véritable première piste s’intitule «Amer Béton» et semble coulée dans la même matière. Pourtant, on s’aperçoit très vite que les références à Magma font partie intégrante de l’ADN du groupe. Une lente intro nous amène vers un titre à l’allure plutôt doom, «Arzach». L’enchaînement avec «Negalyod» se fait cosmiquement malgré des passages bruitistes ou jazzy. Un mastodonte arrive ensuite avec «Omega Baron» à l’ambiance lourde et schizophrène. Ce sont les références au noise rock qui se font sentir sur «Psychopompes». «Vuzz» qui clôture cette plaque ne nous laisse aucun répit, mais laissons-nous faire sans rechigner, le plaisir est d’autant plus important.
En tous les cas, cette production ne peut laisser indifférent et je la réserverai aux plus intrépides d’entre vous.
Tibère
https://cratophane.bandcamp.com/album/cratophane
https://www.youtube.com/watch?v=ajZyW2c4mtg

30/01/2023 : Babal - Who Will I Be When I leave?

Babal
Who Will I Be When I leave?
art rock – 67:39 – Angleterre ‘22
Il y a dans la musique de ce trio anglais (Karen Langley, chant, Rob Williams, guitares et synthés, Jon Sharp, batterie), qui a déjà quelques disques à son actif, quelque chose du grimaçant de Captain Beefheart, ou plutôt de Frank Zappa acoquiné à David Byrne, et de l’élégance de ce dernier, mêlée à la vision futuristico-dystopique de Thomas Dolby: dans «Who Will I Be When I leave?», Babal imprime à ses morceaux, construits de façon pourtant structurée, un cheminement incurvé – comme une perspective lointaine, qui se courbe à l’horizon –, qui nous laisse dans un (constant mais léger) déséquilibre, un peu à la manière de ce plancher en bois d’une vieille maison bruxelloise que j’ai connu, sur lequel la balle du chat se déplace toute seule – rien de flagrant, mais l’impression de glisser est prégnante (le traitement de la voix, souvent unisexe, y contribue).
Auguste
https://babal.bandcamp.com/album/who-will-i-be-when-i-leave
https://www.youtube.com/watch?v=qRCQHc0z368&feature=youtu.be

31/01/2023 : Cøllapse - ἈNÁΓKH

Cøllapse
ἈNÁΓKH
rock progressif – 53:08 – France ‘22
Collapse en est déjà à son quatrième exercice discographique en onze ans. «Ἀνάγκη» [mot grec, signifiant «nécessité, ce qui doit advenir», «Anagké» a pris le sens de «destin» chez les Grecs anciens, NDLR] vient rejoindre «Cøllapse» (2011), «The Fall» (2013) et «The Sleep in Me» (2017). À l’évidence, Cøllapse reflète quelques accointances avec The Black Noodle Project; eux aussi pratiquent un post-rock mâtiné de guitares plus lourdes mais la comparaison s’arrête là. J’oserais dire que les Grenoblois sont plus aventureux dans leurs recherches musicales, parfois même à la frontière d’expérimentations blafardes. Complétement instrumental à l’instar de nombre de formations post-rock, Cøllapse «alchimise» des vieux thèmes sortis des seventies grâce à des sons de claviers que n’auraient pas reniés certaines formations de progressif sombre de l’époque. Mais ils contrebalancent par la modernité du post-rock sans non plus trop ployer sous le joug des codes du genre. Il en résulte un brassage indéfini qu’on peut considérer parfois comme une bande originale d’un film qui reste à faire. Les neuf titres d’Ἀνάγκη ont peu en commun avec le prog’ classique et s’éternisent dans des contrées musicales inusitées où tout peut arriver ou, si vous préférez, s’entendre! Le charme de ces morceaux résulte qu’ils forment un agglomérat disparate à la première écoute et un éclatement des thèmes à la seconde. Bref, pour faire simple, les ambiances divergent mais l’opus se synchronise malgré tout. Toute la force de Cøllapse provient de cette aptitude à générer des atmosphères qui n’ont en commun qu’une forme de magie évoquant par certaines facettes du joyau, le meilleur de Mogwaï ou d’Archive, ténors du genre. Cøllapse sait ramper dans les ténèbres mais peut faire jaillir la lumière à tout instant, une musique qui ne laisse pas indifférent et aura son nombre de contempteurs mais aussi une cohorte d’adeptes assoiffés d’une nouvelle manière de progresser dans l’art musical. Chroniquer ce genre de rock en période de froidure et de ciel gris ne fait que renforcer l’impression générale, définitivement pas à écouter en plein cagnard et «sleep» de bain!! Cøllapse 2022 c’est Anthony Barruel (batterie), Vincent Coutellier (claviers), Erwan Massit (basse) et Sébastien Pierron (guitares).
Commode
https://collapseband.bandcamp.com/album/n-kh
https://www.youtube.com/watch?v=uosm9OlWkuk